Bonjour soimême,
Nous avons étudié, chez des patients congénitalement insensibles à la
douleur (ICD), les régions cérébrales mises en jeu lors d’une tâche
consistant à imaginer la douleur d’autrui [1].
En moyenne, les
patients ICD présentaient des réponses significativement inférieures au
niveau des aires visuelles occipito-temporales. Compte tenu du fait que
le degré d’activation de ces régions augmente avec la valence
émotionnelle d’un stimulus visuel, cette activation réduite suggère que
la vue de a douleur d’autrui a moins d’impact affectif immédiat chez les
patients ICD.
L’analyse des corrélations entre les réponses
cérébrales à la vue de la douleur d’autrui et les capacités d’empathie
de l’observateur révélait des différences très significatives entre les
deux groupes : chez les patients, le degré d’activation du cortex
préfrontal ventromédian - une région cérébrale connue entre autres pour
son rôle essentiel dans les processus d’inférence de l’état émotionnel
d’autrui et dans les émotions sociales telles que la compassion - était
étroitement corrélé au score d’empathie. En revanche, aucune corrélation
n’était observée dans le groupe témoin dans les mêmes conditions.
L’ensemble
de ces résultats suggèrent que les patients ICD, qui sont privés des
mécanismes de résonance automatique faisant appel aux expériences
douloureuses antérieures personnelles, recourent, lorsqu’ils doivent
imaginer la douleur d’autrui, à des processus plus complexes d’inférence
émotionnelle associés à la mise en jeu du cortex préfrontal
ventromédian et dont le recrutement est - à l’inverse de ce que l’on
observe chez les sujets sains - étroitement dépendant de leurs capacités
d’empathie.
Ce rôle primordial de l’empathie comme moteur des
processus d’inférence émotionnelle pourrait être étendu à l’ensemble des
interactions sociales dans lesquelles nous cherchons à comprendre et à
partager avec autrui des affects liés à une expérience que nous n’avons
nous-même jamais vécue [2].
[1] Danziger N, Faillenot I, Peyron R. Can we share a pain we never felt ? Neuron 2009 ; 61 : 203.
[2] Danziger N. Vivre sans la douleur ? Odile Jacob, Paris, 2010.