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Patrick Adam Patrick Adam 19 août 2006 10:47

@ au fan-club du maître-des rubans-planté sur toute la ligne

Décidément le plus distrayant des comiques tripiers de salon littéraires... Je le cite, juste pour le plaisir de voir comment il va se dépatouiller de ses plantages journaliers (s’il en a le courage) : « Je crois savoir, sans trop risquer de me tromper, que Salvador Dali ne vous a point connu, pour pouvoir éprouver la Vôtre Dureur. » Notons d’abord le « je crois savoir ». Bien sûr, le maître connait intimement la pensée dalinienne, que dis-je, il en est peut-êre la réincarnation.

Alors allons-y d’une anecdote personnelle dont je ne tire aucune gloire mais qu’il m’est agréable de rappeler pour l’occasion. Les souvenirs, à partir d’un certain âge (eh oui) ça peut faire du bien.

L’histoire se passe en 1970 ou 71. M’étant toujours intéressé à l’oeuvre de Savaldor Dali, catalan qui venait régulièrement dans la région de Perpignan ou de Céret pour faire profiter la population locale de son sens de la fête inspirée des grandes fêtes de la Renaissance, j’aimais avec des amis me rendre à Cadaquès et Port Lligat, pour admirer de loin la sa maison coiffée de ses « oeufs primordiaux ». A noter qu’à l’époque, le hameau de Port Lligat ne recevait la visite que de quelques huluberlus dans notre genre. Un jour, alors que nous passions le long du sentier qui mène à une petite crique située au pied de cette maison, nous avons remarqué qu’une porte en fer donnant sur son jardin était restée entrebaillée alors que nus l’avions toujours vue fermée. Appel de je ne sais qui ou de je ne sais quoi : nous sommes entrés. Le jardin avait l’air désert. C’était l’heure de la sieste. Nous nous sommes approchés de la maison. Tous les volets étaient fermés et nous nous sommes peu à peu enhardis. Inconscience de gamins de vingt ans. Je me souviens avoir jeté un coup d’oeil à travers les fissures de la vieille porte d’un pigeonnier coiffé d’un oeuf et d’avoir entraperçu un moulage d’une Vénus de Milo à tiroirs et des toiles alignées contre un mur.

Plus loin, nous avons suivi un sentier qui menait au-dessus de la maison. Nous commençions à parler de plus en plus fort, quand nous avons entendu un bruit régulier, frappé sur le gravier d’une allée. Nous nous sommes tus et nous sommes restés un long moment, figés, à attendre. Puis, en contrebas, entre deux oliviers brillants comme de l’étain en fusion, nous avons vu Salavador Dali. Chemise blanche à jabot, pantalons noirs, large ceinture de toile serrant la taille (NDLR tradition catalane), bigatanes aux pieds (NDLR espadrilles catalanes). En nous apercevant, il a eu l’air plus surpris que nous l’étions nous-mêmes. Il marchait seul, maître dans son jardin, frappant le sol avec une canne à pommeau d’argent pour rythmer son pas et créer une musique semblable au chant des grillons. Son visage semblait défait, et nous avons pu assister alors à un des plus beaux tableaux daliniens, digne de ses portraits de Gala qui, à travers des jumelles, se transforment sans crier gare (de perpignan) en portraits de Lincoln : la recomposition d’un visage pour un usage externe.

En nous voyant chez lui, il n’a pas réagit négativement. Il n’a pas voulu nous en chasser. Mais son visage s’est rhabillé (et non pas r’habillé...) de toute ce qui l’avait façonné depuis qu’il a eu à affronter un public, peut-être depuis qu’il avait su qu’il était né pour remplacer un frère perdu. Nous nous sommes excusés d’avoir pénétré chez lui sans autorisation. Il nous a regardé longuement. Puis il nous a conseillé de monter plus haut dans son jardin et d’aller voir le christ gisant qu’il venait de composer avec des détritus récupérés au moment de la destruction d’un petit appenti, en nous disant que c’était une « merde ». Alors nous avons parlé du Christ et l’un de nous lui a demandé qui était important du Christ ou de lui. Une extraordinaire lueur a failli de ses yeux. Puis il a continué sa promenade nous laissant seuls dans son jardin méditerranéen fourillant de bruits et d’odeurs sèches.

Merci à D W pour sa médisance qui m’a permis de me rappeler un tel souvenir ce matin.

Patrick Adam




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