La bêtise insiste toujours. Et c’est ce qui fait qu’elle est redoutable.
Pour aller vite, et plutôt que de reprendre point par point les mantras libéraux rabâches et archi-connus, je préfère recycler ce que j’ai écrit sur un autre fil bien plus intéressant et subtil : Qui sont les prêteurs finaux.
Je note : « toute structure de la répartition de la richesse – celle qui résulte prétendument du seul jeu des initiatives privées comme celle qui existe lorsque l’État social est en place – sont le produit d’un
système institutionnel, d’un ensemble de dispositions législatives et
juridiques qui sont un choix politique et qui ont pour effet de dire
quelles sont les capacités des différents acteurs économiques et sociaux
à attirer à eux une part plus ou moins importante des richesses
produites. »
L’expression « Attirer à eux une part des richesses produites » me
parait trop connotée pour exprimer la réalité des choses. Plus
exactement, c’est l’expression « richesses produites » qui est trop
vague, puisqu’il désigne si je ne m’abuse, autant les biens et services
que les profits ou plus exactement, les « plus-values ». Encore que,
dans le domaine de l’industrie financière, puisqu’il s’agit de spéculation pure dans un jeu à somme nulle on ne peut guère parler de plus-values.
Ce que je veux dire c’est ceci : par ses prélèvements, l’État ne
s’approprie pas une part des richesses produites, mais se réserve le
droit de choisir l’affectation de ces richesses. Nuance. Autrement dit,
l’Etat est le garant de la collectivité, de la chose commune, de nos
biens et propriétés collectifs, par opposition à la privatisation, ce
processus rédhibitoire dont le marché est la machine.
« De quoi Ubu est-il fondamentalement la figure ? Du despote
parasitaire. Avant l’État fiscal, il y a eu la servitude féodale… et
après lui il y a la prédation actionnariale. …Quelle est la puissance
despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le
laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? Certainement
pas l’Etat – dont on rappellera au passage qu’il restitue en prestations
collectives l’ensemble de ses prélèvements… – mais le système
bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit
intégral de ses captations. » (Frédéric Lordon)