Pour dire le fond de ma pensée sur ce problème :
puisque certains ont l’air d’opposer « l’ordre naturel » à « l’ordre artificiel », il faut bien noter que le mariage n’est, EN RIEN, ressortissant de « l’ordre naturel ». Il y a un tas de sociétés où il n’existe pas ; où ce sont uniquement les femmes qui élèvent les enfants, où le rôle paternel est confié aux frères des mères, où il existe de la polygamie, où les unions ne sont pas entérinées par un acte civil, etc...
Donc, déjà, là, fausse polémique.
Une société humaine compose NÉCESSAIREMENT en conciliant ordre naturel et « ordre artificiel » ; sinon, il n’y aurait pas de science, pas de progrès scientifique, pas de droits de l’homme ; nous en serions encore au règne animal, où le mâle dominant règne sur le groupe, copule avec l’ensemble des femelles, etc...
Ensuite, personnellement, je n’ai jamais été un partisan du mariage, que je trouve une institution sclérosée, contraignante, bourgeoise, artificielle : combien de mariages forcés, arrangés, contraints, et combien, aujourd’hui, de familles divorcées, recomposées, éparpillées, conflictuelles (ne serait-ce que pour la garde des enfants en cas de divorce), etc...
Comme le disait Freud à qui des parents demandaient comment s’y prendre avec leurs enfants : « Faites comme vous voulez, de toutes façons, ce sera mal. »
Mais bon ; le mariage existe, on fait donc avec ; et ceux qui le désirent ont tout à fait le droit de le faire ; à chacun sa liberté de choix, dans la mesure où ça n’est nuisible à personne d’autre (quoique... enfin bon..)
Admettons que, civilement, le mariage a l’avantage de créer un ensemble de droits, pour le partenaire ou les enfants, une fois l’un des deux membres décédé (droits de succession, réversion de pensions ou/et de retraites, part d’héritage, etc...
Pour ce qui est de l’homosexualité, elle est, également, une des composantes du fameux « ordre naturel » ; elle existe depuis toujours chez les humains, autant que dans le règne animal. Et ce n’est pas parce qu’elle n’est pas « la majorité du genre », qu’elle ne doit pas disposer des droits de tous et de chacun.
Toujours personnellement, je trouve la revendication du mariage chez les homos assez ringarde, SAUF QU’effectivement, le mariage offrant des droits que les autres contrats d’union (pacs, concubinage) n’offrent pas, du coup, les homosexuels en couple se trouvent lésés par rapport aux hétéros, et qu’une discrimination sur le seul comportement sexuel est, par nature, inaceptable dans une démocratie.
Alors, on peut penser que la meilleure solution (pour préserver le caractère symbolique du mariage si cher aux tradis, aux cathos, à l’ordre bourgeois) eut été d’accorder exactement et strictement les mêmes droits aux couples d’homos, en élargissant tout simplement les droits liés au PACS, et en les alignant sur les droits du mariage (rapelons, au passage, les cris d’orfaies et les oppositions, à l’époque de la création du PACS, de toutes les grenouilles de bénitiers, et des intégristes religieux).
C’eut été, je pense, une bonne solution ; sans doute la meilleure.
Mais les homos n’en jugent pas ainsi : ils tiennent à voir consacrer symboliquement, eux aussi,leur union civile (je juge cette revendication aussi ringarde que chez les hétéros ; mais, puisqu’on l’accorde à ceux-ci, je ne vois pas pourquoi on ne l’accorderait pas également à ceux-là) . je ne suis pas homo ; je n’ai donc pas à m’exprimer à leur place.
Finalement, on trouve, face à face, deux camps qui accordent la même importance à la fonction SYMBOLIQUE du mariage ; fonction qui lui a été conférée, essentiellement, par la dimension religieuse ; et il est cocasse de voir défiler, contre le mariage CIVIL des homos , toute la confrérie des culs-bénits et autres intégristes religieux (chez qui, bien sûr, l’homosexualité est largement répandue, pourvu qu’elle reste dans le secret du presse-bite aire)...
Personnellement, il me semble que cette fonction symbolique en a déjà pris un sacré coup dans l’aile, avec l’évolution des moeurs (divorces, remariages, familles recomposées, enfants adoptés, etc, etc..) mais l’église a toujours mis des siècles avant de s’adapter à l’évolution des moeurs, quand elle ne faisait pas tous ses efforts pour les empêcher (encore aujourd’hui ; mise du préservatif à l’index (
) interdiction du divorce, de l’IVG, etc, etc..).
On comprend donc aisément ce combat pied à pied de l’église contre cette mise à mal d’un de ses symboles majeurs (encore que je crois savoir que Marie a fait un enfant : le Christ lui-même, d’un autre que son mari, ne connaissant pas, à l’époque, l’immaculée contraception..
)
On comprend également la levée des boucliers chez les bourgeois de tous bords (plutôt du bord droit, d’ailleurs), pour cette atteinte scandaleuse à leur ordre moral (par ailleurs tellement mis à mal par eux-mêmes dans les salons obscurs de leurs amours ancillaires, et leurs 5 à 7 adultérins), pilier de l’ordre social qu’ils continuent à faire régner.
On comprend moins les arguments de certains esprits soi-disant éclairés, qui devraient passer outre l’aspect symbolique désuet, pour s’en tenir à l’aspect OBJECTIF de cete évolution des moeurs ; à savoir : LES MEMES DROITS POUR TOUS ET POUR CHACUN, QUELLE QUE SOIT SON ORIENTATION SEXUELLE, sans discrimination.
Ensuite, se pose le problème des enfants : mais là, c’est une autre histoire. Autant il me semble tout à fait naturel que des couples homosexuels puissent ADOPTER des enfants existants, dans la mesure où ils offrent les mêmes garanties que les adoptants hétérosexuels, autant, également, me semble naturel, chez les couples de lesbiennes, que l’une d’elles, se faisant inséminer, puisse mettre au monde un enfant de sa chair,
autant tout autre mode (PMA, mère porteuse, etc..), et notamment chez les gays, me semble de nature à créer de sérieux problèmes : surtout pour les enfants eux-mêmes.
Non pas que l’enfant risque de profiter de moins d’amour dans une famille homo que dans une famille hétéro (là, ce n’est pas une question d’orientation sexuelle, mais de désir, de disponibilité, d’affection), mais plutôt du côté de la construction de l’IDENTITÉ de l’enfant, par rapport aux figures parentales car, quoi qu’on en dise, en bon vieux freudien, j’estime que l’enfant a besoin, pour construire sa propre identité, d’identifier une figure maternelle et une figure paternelle (du moins dans nos sociétés occidentales). Je suis donc beaucoup plus réservé sur ce problème là.
En résumé, si les homos veulent faire la connerie de se marier (pour faire comme les hétéros), cette liberté doit leur être octroyée, dans la mesure où ils y acquièrent des droits dont ils ne disposent pas avec les autres contrats civils, et que tous les citoyens doivent être égaux en droit,
ce système fonctionnant déjà sans problème dans des dizaines de pays,
en revanche, pour les enfants, d’accord pour l’adoption, pour l’insémination de la mère homo, mais pas du tout pour des systèmes de procréation médicalement assistée, ni pour des mères porteuses ; ce qui ouvrirait les portes à la marchandisation des corps (des pauvres, bien sûr), et des problèmes d’identité chez les enfants.
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