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Éric Guéguen Éric Guéguen 25 janvier 2013 09:39

@ NICOPOL :

Vous introduisez une notion importante, fondamentale même, mais il me semble que vous ne nommez pas les choses comme elles doivent l’être.
Il faut en effet - non pas en référence aux Romains mais aux Grecs - distinguer justice distributive et justice corrective. La première a égard aux rapports entre l’individu et la communauté et engendre une égalité de type géométrique. La seconde, quant à elle, concerne les rapports entre individus et conduit à une égalité de type arithmétique.
Soit : à chacun selon ses mérites dans le premier cas, un prêté pour un rendu dans le second.

De nos jours, l’égalité géométrique - que vous vantez à juste titre, et qui est fondamentale - n’a plus cours que dans un cas : celui de l’impôt et le fait de demander plus à celui qui possède plus (ce qui tombe sous le sens). Mais c’est tout. En-dehors de cela - et notez bien que je déplore - la justice distributive (ou l’égalité géométrique, proportionnelle) semblerait paradoxalement injuste à tout le monde. Et il m’est avis que c’est parce que nous avons perdu de vue ce qu’est le bien commun. En effet, étant donné que la justice distributive - comme dit plus haut - régule les rapports entre les individus et la communauté, lorsque le mot communauté ne signifie plus rien (dans le monde individualiste qui est le nôtre), elle tombe en désuétude.
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Prenons un exemple : conférer à chacun le même droit de vote est de l’é-ga-li-ta-risme. Dans le cas des impôts, chacun doit participer à hauteur de ses moyens (principe de justice distributive). Dans le cas de l’effort politique - qui a aussi égard à la communauté et pas seulement aux citoyens entre eux - ce devrait être la même chose : je veux dire que chacun devrait être contraint à participer selon ses moyens (le temps qu’il peut consacrer à la chose publique, ses connaissances, son casier judiciaire, etc.). Mais ceci serait perçu comme une discrimination. Pourquoi ? Parce que ce qui compte de nos jours n’est pas tant le sort de la communauté - dont on se contrefout ! - mais celui des individus, et en particulier le catalogue de leurs droits (qu’ils les honorent ou pas).
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En conséquence, on ne peut plus, comme vous le faites, différencier « égalité » et « égalitarisme ». La recherche de l’égalité mène forcément à l’outrance, elle est consubstantielle à nos démocraties modernes, à ce régime de ressentiment qui pousse chacun à se comparer au voisin et à demander la même chose, même lorsque le voisin mérite davantage que soi. Chose étrange à ce sujet : les homos ne mènent pas leur combat au nom des libertés, mais au nom de l’égalité ! Toujours ce terrible ressentiment qui prime...
L’équité, oui - et c’est je pense ce que vous visez également, soit l’égalité géométrique. L’égalité, elle, c’est une vue de l’esprit. Et j’en reviens donc à ce que je disais : la nature est condamnée dans cette optique, car en son sein, il n’y a strictement aucune égalité qui tienne. La nature se fout éperdument de l’égalité et de nos préjugés anthropologiques à son égard. De ce fait, elle incommode. D’où cette volonté de tout ponctionner dans l’état de nature pour tout transférer dans l’état de culture. Le sexe est discriminant et égalitaire par certains côtés ? Allons-y gaiment, abolissons-le et parlons dorénavant de « genre », plus commode, plus malléable, plus sympathique aussi.

PS : un article un peu long qui vous intéressera peut-être.

Bien à vous,
EG


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