Bonsoir les amis
de l’Agoravoxmania.
Il semble que la
plupart des commentaires que j’ai pu lire çà et là se réfèrent, de manière
sous-jacente, au paradigme d’un musulman caricatural, conforme au prototype du
cliché véhiculé : celui que les médias de la bien-pensance se délectent à nous
présenter pour des raisons que l’on devine aisément, celui d’un individu
inculte, y compris dans le domaine de sa propre religion et culture, celui qui
se caractérise par sa propension pavlovienne à verser dans le dogmatisme et l’intolérance.
Car, ce qui semble intéresser ces médias c’est moins la connaissance de la
réalité historique complexe de cette culture, de par la diversité de ses
paradigmes et de ses références philosophico-culturelles, que le stéréotype d’une
image caractérisée par un individu et un discours éminemment obscurantiste, je
vous l’accorde volontiers.
À cet égard, si
l’on daigne un tant soit peu aborder cette question avec un minimum de sérieux,
sous la lumière de la seule raison plutôt que les réactions fanatiques qui
caractérisent les détracteurs de cette culture– nonobstant leurs légitimes critiques-
l’on ne peut s’empêcher de constater la diversité d’opinions et la multiplicité
de paradigmes au sein de cet ensemble culturel, avec toutes ses composantes
historiques, qu’est le monde musulman.
À titre d’anecdote,
mais qui en dit long sur la complexité des référents historiques de cette
culture et sur la finesse des messages que son fondateur voulait transmettre à la
postérité, lesquels n’ont été malheureusement saisis que par une minorité, le
prophète Mahomet, dans le cadre de ses relations diplomatiques avec les entités
politiques voisines, a un jour honoré une invitation à la cour byzantine.
Quelle n’a pas été la surprise –agréable du reste- de ses hôtes de voir le prophète
de cette nouvelle religion se présenter vêtu à la mode byzantine ! Que
signifie cette attitude de Mahomet dans cette circonstance ? Quel message
voulait-il distiller à travers ce que l’on pourrait qualifier à bien des égards
de chef d’œuvre diplomatique ? Le profane –encore faut-il qu’il en soit
informé- n’y verrait bien entendu pas grand-chose. Mais l’œil de l’initié ne
tarde pas à y remarquer la subtilité d’un message que l’on pourrait traduire
par ceci : « Eu égard au
respect et la déférence que les règles de bienséance m’intime de manifester à
votre endroit, c’est en arborant les indispensables de vos coutumes
vestimentaires que j’ai l’honneur de me présenter à votre cours. » Comment ne
pas déceler dans cette attitude de Mahomet un profond hiatus vis-à-vis du
déplorable cliché du musulman renfermé, intolérant et, partant, obscurantiste ?
Ce qui autorise l’extrapolation consistant à penser que si ce personnage vivait
à notre époque, c’est vêtu d’un jean, pourquoi pas Lewis, ou d’un trois-pièces-cravate
qu’il prodiguerait ses enseignements, au grand dam des adorateurs du voile et
autres fichus.
Évidemment, ce n’est
pas le musulman éclairé et tolérant qui intéresserait les médias de la
bien-pensance, encore moins celui qui n’a gardé de cet épithète qu’une pâle
appartenance culturelle, puisqu’il les prive de matière à railleries et à
stigmatisation. C’est plutôt le vulgum pecus ignare et obscurantiste, conforme au
prototype du cliché véhiculé, qui se prête aisément à cet exercice.
C’est ainsi qu’
il est déplorable de constater que les médias, en général, refusent de tendre
l’oreille et ouvrir leurs portails à une intelligentsia de culture musulmane
qui s’est affranchie du poids de l’archaïsme culturel, caractérisant sa
société, et du poids du conformisme communautaire qu’elle ne cesse de dénoncer
en même temps que tout obscurantisme religieux que l’Occident nourrit, en
catimini, notamment dans le monde musulman, pour pouvoir légitimer ses basses
besognes de domination néo-néocoloniale.