Superbe article, un grand merci de l’avoir écrit. Une vraie plume comme on en voit là de temps en temps.
« C’était donc ça, le rêve des sixties et seventies. Il y avait des
clauses cachées mais elles n’étaient pas écrites et donc illisibles. Ce
n’est que maintenant que l’on découvre la vérité. Nous qui étions
jeunes, dans les sixties, écoutant sur un Teppaz les Beatles, les yéyés
et le psyché, ou dans les seventies, copiant sur les cassettes les riffs
de Deep Purple, Led Zep et Jethro Tull, nous rêvions de liberté, de
progrès, d’un monde plus juste. Et puis, tout c’est gâté, le choc
pétrolier, l’état de crise, les TUC et le RMI, la gestion étatique du
chômage de masse et maintenant, on s’aperçoit que le compte n’y est pas,
du moins pas pour tous. »
George Carlin disait :
« On appelle ça le rêve américain parce qu’il faut être endormi pour y croire. »
J’ai
grandi sous perf’ des vinyles de papa, et écoute toujours de préférence
tous ces chefs-d’œuvre. Et je me demande souvent en passant du Deep Purple, avec son mélange inouï de sonorités jazzy et de métal embryonnaire... Led Zep’ et la puissance d’un Since I’ve Been Loving You, ou encore ce basculement sublime d’un Kashmir rock vers des accents plus orientaux... Pink Floyd et l’aérien, l’éveil par le rêve et le contraste d’un retour sur terre par l’ascenseur de la « machine »...
et puis ce vieux Cat Stevens que j’écoute souvent, celui qui disait «
c’est bien beau le progrès, les avions, toutes ces choses-là... mais qu’est-ce qu’on fait des gosses ? »
Je
me demande souvent, non — « toujours » en écoutant ces merveilles d’une
culture qui ne cessa depuis lors de se résorber : « comment est-ce
possible ? »
Comment
ceux et celles ayant vécu cet âge d’or, avec ces influences, ont-il pu
devenir pour la plupart des vieux cons et des vieilles sous
anxiolytiques (comme autant de bombes humaines) que rien si ce n’est la « chose » matérielle ne rattache à une vie vidée de son sens, de son essence ?
Comment partant d’un tel niveau de génie musical, les choses ont-elles pu se
détériorer culturellement pour en revenir non pas à du simple mais à du «
simpliste » dénué de talent, de vision, de profondeur ?
Comment
les envolées vocales de Plant, Gilmour, Coverdale, les riffs de
Blackmore ou de Knopfler, ont-ils pu céder leur place aux voix
inhumaines, robotiques et à la musique entièrement assistée par
l’ordinateur, la tech’, le « progrès », d’artistes ou « produits de
divertissement » dont j’ai cessé de retenir les noms, les « marques », tant
ils me semblent insignifiants ?
Comment ces gens font-ils pour
ne pas écrire eux-mêmes leurs textes et confier l’acte artistique, le
vrai, d’écriture et de composition à des gens qui n’ont rien à dire,
apparemment rien à penser, après que d’autres aient laissé tant de
sillons qu’il leur suffirait pourtant de suivre et de creuser pour
rendre nos vies tellement meilleures ?
Constatant l’étendue des
dégâts, je me dis parfois que c’est l’âme humaine dans sa globalité qui a
été dérobée, floutée, réduite en cendres. La culture anglo-saxonne qui
jadis séduisit le monde entier par son intelligence, aujourd’hui
resserre l’étau de l’indifférence, du surfait mais sans valeur, de
l’abandon aux « progrès » économiques et techniques.
Welcome, my son.
Welcome to the machine.