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Bien que vous usiez de morgue systématique et d’une suffisance ampoulée, je vais prendre le temps de répondre à quelques-uns des arguments non étayés que vous déroulez.
I - Si on veut parler ce populations marginalisées, on le fait de manière juste et équilibrée, et non pour se servir du passé pour règler les comptes de la société d’aujourd’hui. J’appelle ça l’usurpation du souvenir. Moi je ne pratique pas. Vous, vous avez l’air d’être un spécialiste.
II - Monsieur augarde a écrit un texte pris sur le vif. On attend qu’un goumier marocain ou algérien fasse de même. Et qu’on ne me fasse pas ri-go-ler avec un colloque organisé par Hassan II et présidz par le général Ben Slimane. Comme argument, il y a mieux.
III - Pour ce qui est des lettres de goumiers, je suis preneur. Non pour les dénigrer. Mais parce que j’attends avec imatience d’y lire de superbes déclarations de « patriotisme ».
IV - Si vous cherchez d’autres « vecteurs d’appropriation », il me semble qu’il vaut mieux les chercher ailleurs que chez de petits bourgeois beur de bonne compagnie. Je ferai sans doute prochainement unpapier concernant l’indemnisation des goumiers, et je donnerrai plusieurs exemples personnels sur le sujet.
V- Je vais vous donner encore un peu de matière à réflexion, si tant est que vous en êtes capable (j’en doute). C’est un extrait d’un ouvrage paru en 1931. Il est l’oeuvre d’un général américain, G. P. Barrows, peu soucieux de plaire aux Français. Il s’intitule « Berbères et noirs ».
Voici comment ce général américain voit « l’oeuvre » coloniale de la France :
« La ville a fairt des progrès singulièrement rapides, plus rapides peut-être que les conditions économiques ne le justififiaent. Mais ceux qui seraient tentés d’estimer que des capitaux trop considérables ont été consacrés au développement de cette cité et à la mise en valeur du Maroc ne doivent pas oublier que l’on ne fait que se conformer au plan mûrement réfléchi du Maréchal Lyautey et que ce plan a merveilleusement réussi. Il fallut, pendant la grande guerre, assurer le maintien pacifique de la domination française. Le Maréchal n’hésita pas à pousser au développement économique du territoire et à créer un appel de main d’oeuvre. Il impressionna ainsi très favorablement les indigènes qui ne manquèrent pas de remarquer le rapide essor des marchés et l’améliioration des facilités commerciales. L’argent dépensé dans le pays représentait les économies réalisées par la réduction des dépenses militaires. Au lieu de renforcer, à un prix fort coûteux, la surveillance du pays, il jugea plus sage d’accroître sa prospérité matérielle ».
L’ouvrage traite aussi des goums. Le passage est un peu trop dur pour les âmes sensibles comme les votres. Je préfère donc m’abstenir.
J’attends toujours qu’on m’oppose des documents et pas des allusions ou des éructations.
Dernier point, si vous habitez Agadir, ne comptez pas sur moi pour que je vous rende une quelconque visite. J’y ai déjà rencontré des gens comme vous, et habituellement je les fuis comme la peste. Et pour ce qui est de la jet set que vous semblez adorer, j’ai eu aussi l’occasion de la fréquenter, notamment dans l’Anti-atlas où elle organise régulièrment des « sauteries humanitaires ». Quand j’en aurais l’occasion, je raconterai peut-être ce genre de raout que vous avez l’air d’apprécier.
Patrick Adam