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Senatus populusque (Courouve) Courouve 6 octobre 2006 20:05

ELISABETH BADINTER : "Je redoute un retour à la notion de sacrilège"

NOUVELOBS.COM | 06.10.06

« Pour quelles raisons avez-vous signé l’appel en faveur de Robert Redeker ? En quoi les menaces de mort à l’encontre du philosophe sont-elles »une attaque contre la souveraineté nationale", comme vous l’écrivez dans l’appel ?

- C’en est une dans la mesure où Robert Redeker fait l’objet d’une menace de mort pour avoir exprimé une opinion. Chaque citoyen français doit pouvoir s’exprimer librement sans la moindre menace. Mais notre appel veut d’abord défendre la liberté d’expression. Je n’avais jamais vu cela : quelqu’un est obligé de se cacher parce qu’il a reçu des menaces de mort. Sa photo, sa maison et son adresse sont sur Internet. Robert Redeker est un homme en danger. C’est intolérable ! Le précédent en Hollande [assassinat de Theo Van Gogh, NDLR] n’est d’ailleurs pas de nature à nous rassurer. L’objectif de la pétition est aussi d’obtenir la prise en charge de Robert Redeker et de sa famille. C’est un homme modeste. Il a des enfants, une femme, mais ne peut plus travailler. Il est du devoir de la France de le prendre en charge.

"Robert Redeker ne pouvait-il pas anticiper le fait que sa tribune allait entrainer de nouvelles réactions ? Pensez-vous que les intellectuels doivent se montrer responsables et s’interroger sur l’opportunité de leurs publications ?

- Non. Je refuse cette notion de l’autocensure. On peut penser ce que l’on veut du papier de Robert Redeker. Il est critique du Coran, mais on pourrait critiquer de la même façon les autres religions. Son article n’est pas un appel à la haine. Appeler à la responsabilité des intellectuels, cela commence à m’énerver, car c’est un appel à se taire. Voyez cet opéra de Mozart suspendu à Berlin parce qu’il y a eu des menaces [la mise en scène montrait des têtes coupées de Jésus, de Bouddha, et de Mahomet, NDLR] : mais où va-t-on ! On met le doigt dans un engrenage fatal. A l’époque de Voltaire, ceux qui critiquaient l’Eglise risquaient une lettre de cachet, pas d’être assassinés. Nous retombons dans l’obscurantisme le plus total. Je redoute un retour à la notion de sacrilège. Je pense que toutes les religions doivent être critiquées, comme toutes les idéologies.

"Pourquoi les intellectuels français ne sont-ils pas également mobilisés en faveur de la liberté d’expression après l’affaire Dieudonné et ses propos sur Israël ?

- Dieudonné a perdu ses procès. Ceci posé, je vous répondrai par un autre exemple. Il y a eu à Téhéran une exposition de caricatures sur la Shoah, sur laquelle la presse française a d’ailleurs été très discrète. Et bien je n’ai pas vu de manifestation hostile dans les rues. Même l’horreur et l’ignominie n’excusent pas la menace de mort, pour laquelle il ne peut y avoir aucun prétexte.

Propos recueillis par Baptiste Legrand le jeudi 5 septembre 2006.


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