C’est quand même très surprenant, cette extraordinaire mobilisation de la presse, des lycéens, des politiques, autour d’une situation des plus banales. J’ai enseigné dans le 93 et il est arrivé souvent qu’il faille intervenir en faveur de jeunes en situation irrégulière qui, atteignant l’âge adulte, risquaient l’expulsion. En général, des arrangements finissaient toujours par être possibles.
Cela arrive au moment même où je remarquais dans le métro à Paris, et trois fois ces derniers jours, des femmes dans la cinquantaine, encore très correctement habillées, environnées de sacs en plastique et avec un petit gobelet devant elles pour recueillir quelques pièces de monnaie. A chaque fois, c’est la situation classique de quelqu’un qui est sans ressources, qui vient d’être éjecté de son logement et se retrouve à la rue. Je sais par expérience qu’il y a de fortes chances que je les revoie aux mêmes endroits dans les mois qui viennent, de plus en plus démolies par le froid, le manque d’hygiène, la dépression. Ce spectacle-là, à Paris, est quotidien, et cela dure depuis trente ans. Cette sorte de « nouvelle pauvreté » a surgi trois ou quatre après l’arrivée au pouvoir des socialistes, au reste, c’’est en 85 que sont apparus les « restaurants du coeur », la charité venant au secours d’un principe de justice dont les socialistes ne se sont jamais souciés qu’en théorie.
L’histoire de cette famille reconduite aux frontières est attristante, mais pas plus, et même peut-être moins que celle de tant de pauvres bougres lessivés par la crise et qui se retrouvent un beau matin jetés à la rue - ce dont ils n’ont jamais fait l’expérience - et réduits à la mendicité. Mais ceux-là, qui n’ont rien de pittoresque, peut-être parce qu’ils nous ressemblent davantage et que cela nous fait peur, on fait semblant de n’avoir jamais constaté qu’ils existent.