Un peu de Jean Pierre Lebrun pour la nuit :
« L’objectif novateur des néolibéraux est donc de se mettre le
pluralisme comme objectif, et donc de travailler à déconstruire, voire à
détruire la notion même de “société” car la notion de commun et de
général sont des notions pour eux vides de sens. Les néolibéraux
n’inversent pas les valeurs, mais réfutent ce système d’opposition en
tant que tel, sa pertinence même ou le fait qu’il désigne une quelconque
réalité ». Pour Hayek, le terme de « social » valorise l’intérêt
général, mais il faut précisément se méfier de ce qu’il implique, car
c’est un désir profondément autoritaire que cette représentation
véhicule et implique nécessairement. « L’éthique néolibérale se pose en
s’opposant à cette inclination pour l’ordre. Elle propose de débarrasser
la théorie et la philosophie politiques des pulsions autoritaires qui
les traversent et qui sont logiquement appelées par la vision
unificatrice et moniste de la société qu’elles construisent. (95). Toute
la théorie sociale du néolibéralisme vise ainsi à démentir l’idée selon
laquelle il y aurait besoin d’un “plan” supérieur venant instaurer du
consensus entre les individus. […] Et c’est dans cette optique que
s’inscrit l’utopie d’une “marchandisation” de la société : le marché est
en effet conçu ici comme l’instance permettant le développement d’un
ordre spontané qui laisse les individus libres d’utiliser leur propre
connaissance pour leurs propres buts » . Ainsi, la forme marché
ouvre la possibilité de désindexer la réflexion sur le monde de toute
invocation d’une instance transcendante censée unifier et organiser la
diversité sociale. C’est cette entreprise de disqualification des cadres
d’analyse unificateurs qui aurait, selon Geoffroy de Lagasnerie, séduit
Michel Foucault.