Un texte envoyé à un ami, à propos d’un petit pays qui a su construire une Europe de poche, qui n’a rien à envier à la grande Europe foutoir édifiée par des hommes politiques brouillons.
Il me vient une remarque simple pour dénoncer ces attitudes mesquines et
stupides des politiciens qui ont la mémoire courte.
Depuis la défaite helvétique de Marignan 1515, le peuple suisse a
compris que la guerre est une plaie et qu’elle doit être évitée.
Graduellement des hommes de la terre, des montagnes et des villes se
sont organisés et fédérés autour d’une constitution qui s’est améliorée
au cours des siècles. Les cantons se sont regroupés pour faire vivre
cette vraie démocratie montante. Une Europe avant l’heure s’est
constituée entre les romans francophones, les alémaniques germains, les
tessinois italiens et les romanches des Grisons que j’assimilerais à des
espèces de conservateurs amérindiens par les langues et les traditions.
Le noyau dur, d’un pays qui se veut différent...ce qui n’est pas faut.
C’est vrai que la mentalité protestante n’est pas étrangère à cette
réussite globale. Les européens de la périphérie auxquels nous
appartenons, nous français, ont conçu des alliances discutables et
disputées de manières souvent politiques, économiques et surtout, hélas
guerrières, mais au fond immatures qui ont engendrées des misères
innommables. Ici, en Suisse, les hommes politiques représentent le
peuple et n’ont aucune auréole. Bien entendu la perfection n’existe pas,
mais enfin en matière de démocratie, la place octroyée aux citoyens
suisses porte des fruits appréciables. Alors les européens à la noix
ont, il me semble, tout juste le droit de fermer leur gueule et faire
l’effort de grandir pour atteindre la maturité sociale.
Pour ma part, j’ai la révolte anarchiste, à la manière de Georges, mais je
constate qu’il est facile de vivre en Suisse, libre dans son coeur et
dans sa tête en respectant ceux qui aiment s’organiser sur leur petit
lopin discrètement.
Dans l’ensemble ils ne sont pas très démonstratifs mais ils sont
paisibles et me permettent de vivre librement. Aussi, j’ai demandé la
nationalité helvétique.
Sur les chemins de terre entre lac et montagne, je pense à mon ami
Jean-Jacques qui jadis su rêver, aimer, écrire et penser un autre monde
et je suis fier de cheminer, même comme le soldat inconnu, sur ses
traces lumineuses. Çà, c’est une manière de rêver en gardant le contact
avec la vie, la nature et le monde. Rêver pour le plaisir en s’efforçant
de respecter la réalité.
...La survie humaine au risque de l’absurde.