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Senatus populusque (Courouve) Courouve 17 octobre 2006 18:25

17 octobre 2006

Blair entre dans le débat sur le voile islamique, une « marque de séparation »

Elodie MAZEIN, AFP, LONDRES

Le Premier ministre britannique Tony Blair est entré mardi dans le débat sur le voile islamique au Royaume-Uni, dénonçant une « marque de séparation » qui selon lui appelle à une discussion plus large sur l’intégration de la communauté musulmane dans le pays.

Le voile islamique est « une marque de séparation », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse mensuelle et « c’est pour cela que cela met mal à l’aise certaines personnes extérieures à la communauté ».

Il avait jusqu’à présent prudemment évité de prendre part au débat difficile, volontairement lancé le 5 octobre par Jack Straw, ministre chargé des Relations avec le Parlement. Ce dernier s’était dit personnellement favorable à ce que les musulmanes ne portent pas du tout le voile, y voyant le symbole de la séparation des communautés.

Plusieurs ministres et des représentants de la communauté musulmane sont montés au créneau sur le sujet.

Pour M. Blair, le port du voile s’inscrit dans une « question plus large », celle de l’intégration de la communauté musulmane dans la société britannique.

« Il y a une vraie question au sujet de l’intégration et mon opinion est que nous devons essayer de mener ce débat de manière sensible, mais nous devons mener ce débat », a-t-il insisté.

« La population veut savoir si la communauté musulmane en particulier, mais en fait toutes les minorités, ont trouvé un juste équilibre entre intégration et multiculturalisme », a expliqué M. Blair.

Depuis les attentats du 7 juillet 2005 (56 morts) commis par de jeunes musulmans britanniques, la question préoccupe le Royaume-Uni.

M. Blair a cependant souligné qu’elle se posait dans de nombreux pays en Europe et à travers le monde.

« Cela se propage partout », a-t-il commenté, évoquant les débats en cours en Allemagne après la déprogrammation controversée en septembre d’un opéra de Mozart à Berlin par crainte de représailles islamistes, ou en France au sujet de Robert Redeker, le professeur de philosophie menacé et placé sous protection policière après avoir publié une tribune sur les « intimidations islamistes ».

M. Blair a mentionné plusieurs autres pays européens (Danemark, Belgique) avant de juger « fascinant » de voir que des pays musulmans comme la Malaisie, l’Indonésie ou Singapour « mènent précisément le même type de débat ».

Les autorités tunisiennes ont décidé il y a quelques jours de lancer une offensive contre la recrudescence de voiles et de vêtements dits islamiques qu’elles estiment « d’inspiration sectaire étrangère ».

Pour autant, il ne s’agit pas, a assuré M. Blair, « de forcer quiconque à faire quoi que ce soit. (...) Personne ne veut dire que les gens n’ont pas le droit de le faire. Cela irait trop loin ».

Il s’agit plutôt de « la façon dont les gens préservent la spécificité de leur identité tout en s’intégrant dans la société britannique. C’est pourquoi je pense important que les gens qui viennent s’installer dans notre pays apprennent à parler l’anglais », a-t-il ajouté.

La suspension d’une institutrice auxiliaire, Aishah Azmi, 24 ans, d’une école de Dewsbury (West Yorkshire, nord), a amplifié le débat ce week-end en Grande-Bretagne. Elle refusait de retirer son voile en classe, arguant de la présence de collègues masculins.

L’affaire a été portée devant un tribunal des prud’hommes mais le secrétaire d’Etat aux Relations intercommunautaires Phil Woolas a estimé qu’elle « devrait être renvoyée ».

Le Premier ministre britannique a soutenu mardi la façon dont l’école a géré le dossier, disant comprendre « les raisons pour lesquelles ils ont pris cette décision ».


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