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En réponse à :


Mirakindar (---.---.1.68) 13 octobre 2006 15:50

Je suis historien pas du tout d’origine arménienne, j’ai 36 ans et je suis partisan d’une remise en cause permanente de l’histoire, pour peu qu’elle se base sur un respect minimum de l’évidence historique, comme celle du génocide perpétré par les soldats Turcs et Kurdes contre la communauté arménienne toute entière de l’Empire ottoman.

Monsieur AB , en dépit du droit inaliénable à la parole que vous avez dans ce pays (ce n’est pas vraiment le cas en Turquie, je crois...) je trouve que vous n’etes pas le mieux placé pour commenter dans ces termes cette décision politique. Avec le bourrage de crane nationaliste que tous les petits Turcs subissent à l’école, il est normal que votre discours vous amène à critiquer cette loi anti-révisionniste. Non pas que vous vous exprimiez indécemment -vous êtes au contraire très diplomate- mais vos arguments sont empreints de ce côté évasif et à la fois impitoyable et méprisant qui commande la politique turque contemporaine, quand son idéologie nationaliste et ses fondements sont remis en cause.

Monsieur, si vous aviez condamné clairement la position négationniste de la Turquie dans cette affaire, vous auriez pu être crédible dans votre démonstration. Mais vous ne l’avez pas fait en dépit d’une « certaine émotion » que vous avez ressentie à l’évocation des massacres d’Arméniens. Il est trop tard pour pleurer, car l’histoire est écrite. Les émotions d’aujourd’hui, pour sincères qu’elles soient, n’effaceront pas les atrocités commises il y a 90 ans et dont le peuple arménien innocent, spolié de la terre sur laquelle il vivait depuis des millénaires, souffre encore profondément. Des actes aussi ignobles ne peuvent être « pardonnés » que s’ils sont au moins reconnus par leurs auteurs ou leurs descendants. Si les Turcs n’ont pas été contraints à cette reconnaissance c’est parce que les USA, dont ils étaient le pion géostratégique principal au Moyen-Orient, les ont absous inconditionnellement depuis le début de la guerre froide jusqu’à aujourd’hui.

Une loi empêchant -au moins dans un pays- que soit niée la vérité de ce génocide au nom d’intérêts économiques ou géostratégiques est suffisamment insolite et courageuse pour être saluée. Même par un Turc. Laissez donc votre indignation et votre incompréhension au vestiaire de votre arbre généalogique. Si vous êtes respectueux de l’humanisme et de l’histoire, plus que du drapeau turc et des ignobles intérêts politico-économiques qui gouvernent hélas les relations entre les nations aujourd’hui, acceptez de bonne grâce d’abandonner au peuple arménien exilé le peu qui lui reste : son combat pour sa dignité.

Salutations. Jean-Christophe.




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