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Sulim (---.---.169.35) 4 décembre 2006 15:44

Je ne partage pas l’analyse de cet article. Derrière les gestes d’apaisement, le séjour de Benoît XVI en Turquie prolonge le discours de Ratisbonne sur la foi et la raison.

UN HOMMAGE A LA TURQUIE MODERNE

En se rendant au mausolée de Kemal ATTATÜRK, le pape rend hommage au père de la Turquie moderne. « Sur cette terre, point de rencontre et carrefour des religions et des cultures, charnière entre l’Asie et l’Europe, je fais volontiers miennes les paroles du Fondateur de la République Turque pour exprimer ce vœu : ‘Paix dans la patrie et paix dans le monde. » écrit-il sur le livre d’or.

Il se fait encore plus explicite aux journalistes qui l’accompagnent dans l’avion rappelant qu’ ATTATÜRK « avait comme modèle pour la reconstruction de la Turquie Moderne, la constitution française » soulignant qu’ « aux sources de la Turquie moderne se trouve le dialogue avec la raison européenne, sa pensée, son mode de vie, pour être réalisé dans un contexte historique et religieux différent ». « Donc le dialogue entre la raison européenne et la tradition musulmane est inscrit dans l’existence de la Turquie moderne. »

LES RACINES CHRETIENNES DE L’EUROPE

La déclaration commune de Benoît XVI et de Bartholomée 1er ne manque pas de rappeler les racines chrétiennes de la culture européenne.

Citation :

« Comme Pasteurs, nous avons tout d’abord réfléchi à la mission d’annoncer l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Cette mission, « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19), est aujourd’hui plus que jamais actuelle et nécessaire, même dans les pays traditionnellement chrétiens. De plus, nous ne pouvons pas ignorer la montée de la sécularisation, du relativisme, voire du nihilisme, surtout dans le monde occidental. Tout cela exige une annonce renouvelée et puissante de l’Évangile, adaptée aux cultures de notre temps. Nos traditions représentent pour nous un patrimoine qui doit être partagé, proposé et actualisé continuellement. C’est pourquoi nous devons renforcer les collaborations et notre témoignage commun devant toutes les nations. »

« Nous avons évalué positivement le chemin vers la formation de l’Union européenne. Les acteurs de cette grande initiative ne manqueront pas de prendre en considération tous les aspects qui touchent à la personne humaine et à ses droits inaliénables, surtout la liberté religieuse, témoin et garante du respect de toute autre liberté. Dans chaque initiative d’unification, les minorités doivent être protégées, avec leurs traditions culturelles et leurs spécificités religieuses. En Europe, tout en demeurant ouverts aux autres religions et à leur contribution à la culture, nous devons unir nos efforts pour préserver les racines, les traditions et les valeurs chrétiennes, pour assurer le respect de l’histoire, ainsi que pour contribuer à la culture de la future Europe, à la qualité des relations humaines à tous les niveaux. Dans ce contexte, comment ne pas évoquer les très anciens témoins et l’illustre patrimoine chrétiens de la terre où a lieu notre rencontre, en commençant par ce que nous dit le livre des Actes des Apôtres, évoquant la figure de saint Paul, Apôtre des nations. Sur cette terre, le message de l’Évangile et l’ancienne tradition culturelle se sont rejoints. Ce lien, qui a tant contribué à l’héritage chrétien qui nous est commun, demeure actuel et portera encore des fruits dans l’avenir, pour l’évangélisation et pour notre unité. »

LA REFONDATION DU DIALOGUE ENTRE RELIGIONS

Prenant exemple d’une Turquie Moderne qui a su établir un rapprochement avec la raison européenne de culture chrétienne, Benoît XVI appelle à un dialogue « authentique et loyal » entre les religions.

Extrait du discours au président turc des affaires religieuses :

« Le meilleur moyen pour aller de l’avant est celui d’un dialogue authentique entre chrétiens et musulmans, fondé sur la vérité et inspiré d’un désir sincère de nous connaître mieux les uns les autres, en respectant nos différences et en reconnaissant tout ce que nous avons en commun. Cela doit nous conduire à un respect authentique à l’égard des choix responsables que chaque personne pose, spécialement ceux qui touchent aux valeurs fondamentales et aux convictions religieuses personnelles. »

Le dialogue inter-religieux ne peut être de pure forme ou de convenance mais doit aborder les questions de fond en particulier la question des libertés religieuses et de la liberté de conscience.

Cette question est à plusieurs égards au cœur du voyage papal en Turquie compte tenu de la situation des Eglises et communautés chrétiennes en Orient.

- La liberté religieuse implique le rejet de la violence

Extrait du discours au corps dipomatique :

« Je souhaite bien sûr que les croyants, à quelque communauté religieuse qu’ils appartiennent, puissent toujours bénéficier de ces droits, certain que la liberté religieuse est une expression fondamentale de la liberté humaine et que la présence active des religions dans la société est un facteur de progrès et d’enrichissement pour tous. Cela implique bien sûr que les religions elles-mêmes ne recherchent pas à exercer directement un pouvoir politique, car elles n’ont pas vocation à cela, et, en particulier, qu’elles renoncent absolument à cautionner le recours à la violence comme expression légitime de la démarche religieuse. »

Extrait de la déclaration de Benoît XVI et de Bartholomée 1er :

Pour cela, nous encourageons l’établissement de rapports plus étroits entre les chrétiens et d’un dialogue interreligieux authentique et loyal, en vue de lutter contre toute forme de violence et de discrimination.

- La liberté religieuse, une valeur essentielle d’un Etat démocratique

Extrait du discours au corps diplomatique :

« La Turquie a depuis toujours une situation de pont entre l’Orient et l’Occident, entre le continent asiatique et le continent européen, et de carrefour de cultures et de religions. Au siècle dernier, elle s’est donné les moyens de devenir un grand pays moderne, en faisant notamment le choix d’un État laïque, distinguant clairement la société civile et la religion, afin de permettre à chacune d’être autonome dans son domaine propre, tout en respectant la sphère de l’autre. Le fait que la majorité de la population de ce pays soit musulmane constitue une réalité marquante de la vie sociale dont l’État ne peut que tenir compte, mais la constitution turque reconnaît à tout citoyen les droits à la liberté de culte et à la liberté de conscience. C’est le devoir des Autorités civiles dans tout pays démocratique de garantir la liberté effective de tous les croyants et de leur permettre d’organiser librement la vie de leur communauté religieuse. »

Extrait du discours au président turc des affaires religieuses :

« La liberté religieuse, garantie par les institutions et respectée effectivement, tant pour les individus que pour les communautés, constitue pour tous les croyants la condition nécessaire à leur contribution loyale à l’édification de la société, dans une attitude de service authentique, spécialement à l’égard des plus vulnérables et des pauvres. »

Pour la papauté,la question de l’adhésion à la communauté européenne ne peut pas être faite au prix d’un renoncement aux valeurs communes de l’Europe notamment sur le respect des libertés religieuses.


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