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JC_Lavau JC_Lavau 24 novembre 2015 10:07

A vingt-six ans, je n’écrivais pas mieux, et je ne pensais pas mieux non plus.
Je ne vois pas de raisons de lancer des roches à ce jeune homme, à qui je souhaite d’avoir le temps de mûrir, et de revenir de beaucoup d’illusions.
Voir ce qu’en écrivait ces jours-ci un général d’aviation :
Jean-Paul Salini
Général de l’Armée de l’Air (2ºs)
Commandeur de la Légion d’Honneur

   à

Monsieur Bruno Le Maire

Monsieur le Député,

Dernièrement vous avez dit en parlant de la Syrie : " Il faut une coalition internationale à laquelle, à mon sens, la France devrait participer en mettant, elle aussi, un nombre limité de troupes au sol. « Et vous avez ajouté qu’elle (la France) doit prendre  »l’initiative d’une coalition internationale qui devrait évidemment associer en premier lieu les États de la région."

Je suis un général d’aviation et j’ai quitté le service depuis bien longtemps. Il n’est guère dans les habitudes des généraux de rompre le silence auquel ils ont été habitués. Mais je crois que je dois faire valoir ici quelques-unes de mes idées.

•  Lorsqu’on commence une guerre la seule certitude que l’on peut avoir est qu’on ignore trois choses. Comment elle finira ! Et quand elle finira. Et même si elle finira. Car il est des guerres éternelles comme celle qui oppose Israël aux Palestiniens.

•  Les choses au Moyen Orient sont tellement embrouillées que nul ne peut dire qu’il connait le problème et qu’il en a la solution. En fait il n’y a pas de solution. On ne connait même pas les énoncés des problèmes. Cela choque nos esprits occidentaux mais c’est comme ça. Ces populations aux origines et aux religions diverses ne vivaient en paix autrefois que parce qu’elles étaient soumises à l’Empire turc. Personne ne veut, ni ne peut, prendre la succession de l’Empire turc. Nul ne peut être arbitre sous peine de se voir reprocher par toutes les parties en présence de les avoir injustement brimées et d’avoir favorisé les autres. Et je vous rappelle, à tout hasard, que le  siège de Rabbath par Joad, général de David a dû avoir lieu vers l’année 980 avant notre ère. À l’époque c’était les Juifs contre les Philistins. Je me suis laissé dire qu’il n’y a pas de voyelles dans les langues sémitiques. Philistin ça s’écrit P.L.S.T.N. Et Palestinien ça s’écrit comment ? P.L.S.T.N. aussi ! Vous voyez ? Alors ce n’est pas pour faire plaisir à un président américain que ça va cesser.

•   Les pays du monde entier n’aiment pas que les occidentaux s’ingèrent dans leurs affaires. Les occidentaux, quoi qu’il arrive sont responsables de tout. Qu’ils se taisent ou qu’ils parlent, qu’ils agissent ou qu’ils se tiennent cois, tout leur est imputé !

•   Les guerres et les révolutions sont menées par des individus divers : doctrinaires, théoriciens, politiques, profiteurs et hommes d’affaires Mais ils ont tous une caractéristique en commun : la détermination. Cette détermination imprime aux évènements un dynamisme effrayant. Toute révolution, toute guerre est une explosion d’énergie. Et cette explosion, comme une explosion nucléaire, ne se maîtrise pas. Tous les anciens tabous sont supprimés. Y compris, et c’est essentiel, celui du respect de la vie humaine. Tout devient possible. Il n’est pas conseillé de heurter de face une révolution. La seule solution est de lui susciter des adversaires, le plus d’adversaires qu’il se peut et d’attendre. D’attendre quoi ? Tout simplement que l’énergie se disperse et qu’elle se fatigue ! Dans le cas qui nous occupe, ça risque de durer et Daesh et Al Qaïda ne sont peut-être que les premiers d’une longue série.

•  Nous autres, occidentaux avons le respect de la vie humaine. Ce sentiment nous est venu après plusieurs hécatombes sanglantes et a été favorisé sans doute par le fait que notre natalité est faible. Du coup toute perte est significative et nos soldats sont comptés. On a vu, chose inconcevable pour un général de 14-18 ou de 39-45, le chef de l’Etat se déplacer aux Invalides pour enterrer de simples soldats. On ne peut pas opposer, quelle que soit leur valeur militaire, ces soldats « comptés » aux hordes inépuisables qui nous font face et pour qui la mort est un aboutissement. Il faudrait pour avoir raison de ces hordes pratiquer le massacre de masse. Bien évidemment nous ne le pouvons pas.

•  L’une des armes les plus efficaces de notre adversaire c’est la terreur. Croyez-vous que nous puissions utiliser nous-mêmes la terreur ?

•  Intervenir en Syrie avec des troupes au sol ! Mais quelles troupes ? Nos soldats sont occupés aux quatre coins du monde et le reste, dans le cadre de Vigipirate, marche inlassablement à travers les rues de nos villes. Des soldats, il n’y en a plus. L’Armée de terre tout entière tiendrait dans le stade de France. Et vous ne croyez pas que nous avons assez à faire en Afrique ?

•   Je suis effrayé de constater avec quelle facilité la France s’engage dans des opérations extérieures. Si on s’en tient à la seule Afrique la liste est de 40 interventions en cinquante ans. Quelques-unes sont mineures mais voici les principales/

•  1969 Tchad contre la rébellion du Tibesti et du Frolinat (M. Pompidou)
•  1977 Mauritanie : contre le Front Polisario (M. Giscard d’Estaing)
•  1978 Zaïre : opération à Kolwezi (M. Giscard d’Estaing)
•  1979-1981 Centrafrique : destitution de Bokassa (M. Giscard d’Estaing)
•  1983-1984 Tchad : opération Manta contre la Libye (M. Mitterrand)
•  1985 Tchad : bombardement des soldats Libyens (M. Mitterrand)
•  1990-1995 Rwanda : opération Turquoise (M. Mitterrand et gouvernements Bérégovoy puis Balladur)
•  1997 Congo-Brazzaville : contre le Nigeria (M. Chirac-Jospin)
•  2002- 2011 Côte d’Ivoire : Opération Licorne, Chute de Laurent Gbagbo (M. Chirac puis M. Sarkozy)
•  2011 Libye : Chute de Kadhafi (M. Sarkozy)
•  2013 Mali : opération Serval (M. Hollande)
•  2013 Centrafrique : opération Sangaris (M. Hollande)
•   2014 Opération Barkhane (contre des groupes Djihadistes au SAHEL à partir du 1er août 2014. (M. Hollande). Elle remplace Epervier, déclenché en 1986 (M. Mitterrand).

•  Il faut bien évidemment ajouter à cela les opérations faites ailleurs qu’en Afrique. Toutes celles du Liban, par exemple ou la participation à la première guerre d’Irak contre Saddam ou notre action en Afghanistan ou en Syrie. Et j’allais oublier notre action en Yougoslavie. Il est difficile de nier l’intérêt de quelques-unes de ces interventions et on peut leur trouver des justifications mais au bout du compte, ça fait beaucoup.

•  Je me demande encore ce que nous sommes allés faire en Afghanistan, sinon complaire au gouvernement des Etats Unis.

•   En tant qu’aviateur, si je considère le petit nombre d’avions que nous avons engagés et les distances considérables que certains doivent parcourir pour atteindre leurs objectifs, j’ai quelques doutes sur l’efficacité de notre action en Syrie. Je manque de renseignements sur les résultats obtenus mais je crains qu’ils ne soient pas à la hauteur des inconvénients liés à notre implication dans ce conflit.

•   La guerre, c’est le mal absolu. Contrairement à ce que prétendait le docte général Clausewitz, la guerre n’est pas "la politique continuée par d’autres moyens". La guerre c’est le constat de faillite des diplomates et des politiques. La guerre, c’est lorsque les pauvres troupiers et les malheureux civils doivent payer l’ardoise des erreurs commises par leurs dirigeants. Je le sais. J’ai été promené, pendant toute ma carrière, dans des guerres diverses, ordonnées par des gouvernements inconsistants et à court d’idées. Et lorsqu’elles ont été finies (et perdues) on m’a expliqué que c’était ma faute et que j’avais eu tort de les faire. Clémenceau disait (et il avait raison) que la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls militaires. Mais à qui, Bon Dieu ! confiera-t-on la paix ?

•   On ne me persuadera jamais que les ennemis de la France sont à Damas ou à Bagdad. Les ennemis de la France sont en France. Nous marchons à grand pas vers la guerre civile. Il y a les Corses, les Bretons, les Basques les Catalans. Et surtout il y a d’immenses collectivités récemment venues en France qui ne savent pas, qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas respecter la culture et la civilisation de la France. L’immigration ? Une chance pour la France ? Oui ! car celui-là qui appartient à une double culture m’enrichit. Mais dans notre cas il ne s’agit plus d’une immigration mais d’une invasion. De l’occupation de la France par des blocs étanches, insolubles, et qui trainent derrière eux des idées du moyen -âge et des querelles d’autres pays et d’autres temps.

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