A l’auteur.
Très bonne analyse que l’on peut utilement compléter par cet éditorial intitulé « La rentière du malheur »:05 mars 2012.
En octobre dernier,(2011), Gaël Brustier appelait au combat qui permettrait « d’en finir une bonne fois avec cette famille de rentiers du malheur que sont les Le Pen »
(1). Bien vu ! La rente du capital familial permet de nourrir une
ambition politique qui gonfle en même temps que les malheurs de la
nation.
De père en fille, la stratégie est la même : jouer le rôle du
tribun de la plèbe. Le père voulait simplement jouir de la peur qu’il
inspirait aux bourgeois de droite et de gauche mais ne désirait pas le
pouvoir. La fille veut participer à un gouvernement dans quelques années
sans rien renier de ses convictions nationalistes. La différence entre
Jean-Marie et Marine, c’est que l’héritière a renoncé aux provocations
verbales, pris ses distances avec le libéralisme économique et déployé
un grand nombre de parapluies.
Marine Le
Pen s’avance couverte de citations et parsème ses discours de solides
références. Il y a du Paul Valéry, du Karl Polanyi, du Maurice Allais,
du Marcel Gauchet… On invoque Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jean-Luc
Gréau… Lectures considérables ! Volant d’un auteur à l’autre, sautant
des pages, elle a saisi le lien entre les thèses des économistes
hétérodoxes et le patriotisme français et vu tout le parti qu’elle
pourrait tirer du thème protectionniste et du rejet de l’euro, associés à
une condamnation des élites. Il y a un an (2), voulant saisir la plus
infime chance d’évolution, j’avais souhaité qu’on laisse Marine Le Pen
exposer complètement son programme et qu’on le prenne au sérieux. C’est
fait. Sous l’apparence d’une proximité avec des œuvres majeures, perce
une classique manœuvre de récupération et de manipulation. Si l’on
reprend une thèse, il faut accepter sa cohérence interne ou dire ce que
l’on rejette. Si l’on cite un auteur, il faut avoir l’honnêteté
intellectuelle d’indiquer les points de désaccord. Marine Le Pen n’a pas
cette honnêteté. Elle brandit sa panoplie de références pour enjoliver
sa propagande extrémiste et lier dans un même programme nationaliste le
protectionnisme et la xénophobie, la laïcité et la dénonciation de
l’islam. Cette recherche d’une efficacité électorale maximale conduit à
sacrifier la tradition française, l’intérêt national et les principes
fondamentaux de la République.
Le droit du sol est
inscrit dans la tradition juridique française depuis 1515. C’est le
droit d’une France francisante, soucieuse d’associer toujours plus de
citoyens à son projet historique. Le Front national veut supprimer ce
droit au nom d’une conception ethnique de la nationalité qui assignerait
définitivement l’étranger à son statut, avant qu’on trouve le moyen de
l’expulser. Cet attentat contre la tradition républicaine serait facteur
de violents affrontements politiques, d’insécurité sociale et
d’affaiblissement démographique. Tant que Marine Le Pen ne se prononcera
pas pour l’inscription du droit du sol à l’article 1 de la
Constitution, nous la combattrons.
La préférence nationale est
une illusion qui provoquerait le développement du travail clandestin
comme l’a montré Jacques Sapir, que Marine Le Pen aime tant citer. Tant
qu’elle ne renoncera pas à cette prétendue « priorité nationale », nous
la combattrons.
La laïcité invoquée
par le Front national ne sert qu’à l’offensive contre les musulmans.
Tant que Marine Le Pen ne respectera pas la loi de 1905, conçue et
appliquée dans un souci d’apaisement, nous la combattrons.
Le
nationalisme ethnique est facteur de division et de haine dans notre
peuple que Marine Le Pen dit vouloir protéger. La xénophobie est
compatible – Sarkozy l’a démontré - avec les intérêts de la droite
oligarchique qui redoute plus que tout le durcissement de la lutte de
classe. Les partisans de la protection économique et de la sortie de
l’euro démontrent les faiblesses des propositions de Marine Le Pen, et
la récusent (3). Vouloir la guerre ethnoculturelle, c’est nier
radicalement le souci politique et la possibilité, pour la France, de
jouer un rôle majeur dans les affaires du monde.
Bertrand RENOUVIN
(1) Cf. sa tribune : http://www.marianne2.fr/Marine-Le-Pen-vote-Montebourg-la-strategie-des-Possedees-de-Loudun_a211378.html
(2) Voir l’éditorial de Royaliste n° 984 : « Une femme du XXIe siècle ».
(3) Cf. Jacques Nikonoff, La confrontation, Argumentaire anti-FN, Le Temps des Cerises, 2012, prix franco : 10 €.