Il est difficile de « raison garder », et donc de sembler aller à contre-courant... Néanmoins, par souci d’objectivité, il est nécessaire de revenir au factuel.
Il est vrai que l’international Agency for Research on Cancer a classé pour l’OMS le glyphosate comme substance cancérogène probable. Tout comme, dans le même tableau, elle classe depuis longtemps les viandes rouges (dans la case « cancérogène certain » : le tabac). La probabilité en question repose sur de longues et fastidieuses analyses bibliographiques et épidémiologiques pour tel ou tel type de cancer.
On n’interdit pas la consommation de viande rouge, pas même les grillades dont on sait que des polymères gras cancérogènes se forment (et donnent ce goût de grillade si sympathique).
En fait, c’est un métabolite du glyphosate (étape de la biodégradation) qui pose problème.
Le glyphosate est tombé depuis longtemps dans le domaine public et il suffit d’aller dans une jardinerie pour trouver à côté des déclinaisons du RoundUp de Monsanto trois, quatre (voire plus car il existe au moins quatorze sociétés disposant d’Autorisation de Mise au Marché de glyphosate en agriculture et sur zones non agricoles) marques commerciales avec une formulation ou une autre de glyphosate.
L’EFSA a repris les études présentées par l’IARC-OMS (quel que soit le poids interventionniste éventuel des industriels de la phytopharmacie ou celui des organismes économiques agricoles et agro-alimentaires, les décideurs européens connaissent aussi le poids de l’opinion publique, des médias et de l’internet : les lobbies pèsent dans les deux sens) et n’a pas pu mettre en évidence les arguments scientifiques, rationnels, permettant pour le moment de « désinscrire » le glyphosate (ne pas oublier que, pour l’UE, le décideur à la Commission est la « DG-Sanco » (Santé des Consommateurs) et non une structure liée à l’économie agricole ou industrielle...
Il reste, sachant que le glyphosate lui-même n’adhère pas bien et surtout ne pénètre pas facilement à travers les tissus foliaires, à étudier les coformulants utilisés par les industriels, ce qui ressortit de l’autorité des États membres et de leurs unités scientifiques liées à l’AMM (en France : l’ANSES).
Je voudrais ajouter un constat très personnel. Chez mon distributeur local (c’est un « Gamm Vert ») j’ai effectivement vu plusieurs formulations commerciales du glyphosate (mais aussi l’aïeul : RoundUp) sur présentoirs. Mais... j’y ai vu aussi des désherbants et débroussaillants à base de 2,4-D (auxine de synthèse ou pseudo-hormone, mis au point au cours de la dernière guerre mondiale et qui entrait dans la composition de l’ « agent orange » déversé comme défoliant sur le Viêt-Nâm) de mon point de vue autrement plus nocifs, par exemple pour l’environnement . Très volatil, s’il est mal utilisé (temps chaud, petite brise), un aérosol se déplace et provoque des malformations des plantes, voire des destructions à 10 mètres, à 50 mètres... de l’endroit où il est pulvérisé.