C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie
notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne
sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant
qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce
qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une
généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent
les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs
ont crucifié mon Sauveur. »
J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur
puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu :
« Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe
humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et
innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe
était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de
force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »
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