La Syrie de la décennie 2010 remplit une fonction analogue à celle de
l’Afghanistan de la décennie 1980. Une guerre dont l’objet a été de
dériver le combat pour la libération de la Palestine et de le déporter à
5 000 km du champ de bataille. Dans la pure tradition de la guerre
froide soviéto-américaine. Pour preuve,
trois ans de combat en Syrie ont
permis à Israël d’achever de phagocyter la totalité de la Palestine.
Un défouloir absolu du djihadisme erratique que les pétromonarchies
préfèrent sacrifier sur le théâtre des opérations extérieures plutôt que
le réprimer sur le sol national, avec son cortège de représailles. Un
dérivatif au combat pour la libération de la Palestine, la « grande
oubliée du printemps arabe ». De ce fait, la Syrie est devenue le théâtre
d’un combat du camp atlantiste contre l’axe de la contestation à
l’hégémonie occidentale dans la zone Iran-Syrie-Hezbollah libanais.
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N’en déplaise aux charlatans et aux mystificateurs, l’ASL a toujours été
une structure fantôme. Une créature des services de renseignements
français et turcs, c’est-à-dire les deux pays qui ont procédé à
l’équarrissage de la Syrie. Une structure complémentaire à l’opposition
off-shore syrienne, dont la nature hybride et la fonction supplétive ont
considérablement obéré la crédibilité de la contestation anti-Assad et
dévoyé le combat pour l’avènement d’une véritable démocratie en Syrie.
Il en est de même du CNS, sous perfusion permanente depuis sa création.
Le « Groupe des Amis de la Syrie » réunissait à son lancement 110 pays de
tous les continents. Trois ans après, il est réduit à sa portion congrue
: 11 pays de l’Otan et des pétromonarchies ainsi que la Turquie, dont
le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est en phase crépusculaire.
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La France pratique dans sa très grande majorité un journalisme de
révérence et de connivence. Avec, pour la Syrie, une innovation :
l’apparition d’intellectuels d’un genre nouveau, les islamophilistes,
dont la mission n’était pas d’éclairer l’opinion française de leur
expertise, mais de faire office de drone tueur de toute pensée
dissidente. A ce titre, ils portent une accablante responsabilité dans
le désastre stratégique français – diplomatique et militaire – sur la
bataille de Syrie, sans doute la dernière expédition postcoloniale de la
France, grande perdante de la mondialisation, grande perdante de
l’européanisation du continent, grande perdante en Syrie.
Mr René Naba (Ecrivain
et journaliste spécialiste du monde arabe, René Naba (1) a été
correspondant tournant au bureau régional de l’AFP à Beyrouth
(1969-1979) et conseiller du directeur général de la radio arabophone
RMC Moyen-Orient. Dans son analyse de l’évolution du conflit syrien, il
livre un regard sans concession sur l’action de la diplomatie
française.)