Tout à fait d’accord avec toi, Bernard.
Je trouve de plus très inquiétante cette idée de remplacer innocemment la représentation nationale par un « panel », version « live » du sondage, avec des gens qui bougent vraiment dans le poste, plutôt que des chiffres nus, ingrats, et somme toute peu sexys. Une apparence de peuple, plutôt que le peuple.
Venant de la Société du Spectacle, plus rien ne m’étonne, mais là, on franchit une étape : on élimine l’étage des représentants, pour ne plus laisser qu’un vaste champ libre entre l’Elu (potentiel) et les Gens, préparant la voie de l’Homme providentiel, du Messie Politique qui Réunifiera la France par l’Onction du Suffrage Universel.
Mythifiés par la loi des statistiques, les « Vrais Français » peuvent alors prendre la parole censément au nom de tous les Français, sans autre légitimité que les critères probabilistes de découpage du panel ; tous les arrangements sont alors possibles : Le Pen ne sera interrogé que par des Beurs et des Blacks, etc., comme tu le fais remarquer. Et on trouve ça presque normal !
Casting, scénarisation, apparente neutralité, vraisemblance calculée, tout est fait pour mettre en retrait ce qui viendrait rappeler que ce n’est qu’une émission de télévision, alors qu’en fait c’est une fiction romanesque. Qui en a donc écrit la fin ? Et quelle est cette fin ?
Jeter sa télé, voilà qui resterait le dernier geste révolutionnaire.