La famine en Algérie des années 66-68
est analysée d’une manière extrêmement documentée dans l’article
qu’on trouvera à cette page. J’en donne un extrait, soulignant
quelques formules intéressantes.
http://journals.openedition.org/rh19/4051
« La nature des événements d’Algérie décrits dans les
sources contemporaines comme une « misère », puis comme
une « crise démographique », est complexe et les traces
en sont ténues. Si la famine peut être aujourd’hui réinventée
comme un « crime colonial », c’est en premier lieu
parce qu’elle a été construite comme événement à partir de
fragments épars. Entre 1866 et 1868 en effet, il n’y
a pas une crise, mais des incidents qui incluent à
la fois des événements très localisés et des phénomènes se
déployant à une échelle plus vaste. Ainsi la « crise »
englobe les effets dévastateurs de l’épidémie de choléra qui
atteint l’Algérie en 1867, ceux des invasions de locustes
grégaires, un tremblement de terre, la sécheresse de plusieurs
étés, l’hiver rigoureux de 1867-1868, autant d’incidents qui
apparaissent dans les archives sans lien les uns avec les autres.
En effet, dans le cadre de l’administration habituelle des
populations et des territoires, il s’agit seulement, la plupart du
temps, d’expliquer brièvement des déplacements de populations ou
des rentrées fiscales plus faibles. Une sécheresse laisse peu de
traces dans les archives avant l’établissement des services
météorologiques au cours des années 188010,
et il n’existe pas de rapports de synthèse avant que le scandale
ne les impose comme une nécessité politique. Cette absence
d’archives reflète sans aucun doute un mode de gestion
« artériel » plutôt que « capillaire » qui,
selon Frederick Cooper, caractérise la nature du pouvoir colonial11.
En ce sens, les pouvoirs coloniaux des années 1860 sont tout sauf
omnipotents et omniprésents. Mais cette absence reflète aussi le
fait qu’il s’agit non d’une crise unique mais d’une chaîne
d’événements et de situations se déroulant dans un vaste
territoire et dont les causalités demeurent obscures aux yeux des
observateurs. »
Je préfèrerais évidemment que la
France et les pays européens ne se fussent jamais embarqués dans
des aventures coloniale, et particulièrement dans l’aventure
algérienne. Il reste que j’aimerais quand même bien savoir si
l’Algérie a jamais été avant 1830 un état autonome avec des
frontières définies. La colonisation romaine en Algérie comme en
France (nous autres Gaulois, nous avons été aussi colonisés !) aura
eu des effets bénéfiques. La pire chose qui soit arrivée à
l’Algérie, ce n’est pas d’avoir été colonisée sous le règne de
Charles X, mais d’avoir subi la tyrannie des Omeyyades dès la fin du
VIIIe siècle. Un pays colonisé sans l’islam (voir les pays
d’Extrême-Orient) parvient toujours à s’en sortir, et même à
tirer profit de sa proximité avec une autre civilisation : les
Chinois, les Japonais, les Tonkinois, ne nous cassent guère les
pieds avec des ressentiments qui seraient pourtant aussi légitimes
que ceux qu’on observe encore dans les pays du Maghreb. Apparemment,
ils ont d’autres chats à fouetter, et on s’en réjouit pour eux.
Il semble que l’Algérie actuelle
puisse n’être pas à l’abri de nouvelles « famines », si
j’en juge par cet article et celui auquel on renvoie à la fin et qui
en serait la source. S’agira-t-il encore d’une famine
conséquence d’un colonialisme qui a pris fin il y a plus de
cinquante ans ?
https://www.djazairess.com/fr/lexpression/50399
Au cimetière de Montmartre, je ne
passe jamais devant la tombe de Guillaumet sans m’arrêter un moment.
C’est l’une des plus belles. Elle est surmontée d’un bronze de
Barrias représentant une jeune algérienne jetant des pétales de
fleurs. Au Louvre, plus belles que les peintures de Delacroix, il
faut signaler celles de Gabriel Decamps, quelques-unes aussi de
Fromentin et de Chassériau, qui évoquent les paysages du nord de
l’Afrique.