À la date du 15 août, dans le livre Légende Céleste Vie des
Saints, saint Néopol ou Néopolus, est un martyr dont le nom est devenu Napoléon
ou Napoleone « comme il est encore communément appelé chez les Italiens » par «
l’usage reçu », martyrisé lors de la persécution des empereurs Dioclétien et
Maximien..
Letizia Buonaparte a donné ce prénom original à son second
fils en souvenir d’un oncle Napoleone Buonaparte mort à Corte en 1768.
Napoléon Bonaparte, devenu Empereur, a voulu avoir comme chacun son giorno onomastico
catholique et, par un décret impérial de 1806, il a imposé la célébration d’un
saint Napoléon (inexistant au Martyrologe romain) le 15 août, date anniversaire
de la signature du concordat de 1801 qui avait rétabli la religion catholique
en France, mais aussi date d’une procession très populaaire instaurée par Louis
XIII pour remercier la vierge d’avoir exaucé son vœu de lui donner en fin un
fils qui, devenu Louis XIV considéra que c’était sa fête, donc la fête
nationale. En plus comme par hasard, cette date coïncidait aussi avec
l’anniversaire de sa naissance de l’empereur soi-même (15 août 1769).
« Art. 1er. La fête de
saint Napoléon et celle du rétablissement de la religion catholique en France
seront célébrées, dans toute l’étendue de l’empire, le 15 août de chaque année,
jour de l’Assomption, et époque de la conclusion du concordat ».
L’Église romaine ayant émis des réserves à cette célébration
peu conforme au droit canonique, le cardinal légat Giovanni Battista Caprara a
fini par retrouver opportunément dans le Martirologio Romano un Santo Neopolis
(ou Neapolis), martyr du début du IVe
siècle.
Ainsi donc, entre 1806 et 1813, le Premier Empire a fait du
15 août la fête nationale française. Cette commémoration coïncidait aussi avec
la procession traditonnelles ancrée dans les coutumes.
Après 1815, les fêtes organisées par les Bourbons restaurés ont
été plus discrètes, mais la monarchie de Juillet, qui a arraché le pouvoir aux
Bourbons en 1830, a cherché à rendre ses fêtes plus proches du peuple à travers
l’organisation de divertissements vespéraux.
Auprès le retour des cendres de l’Empereur en France en 1840,
la Saint-Napoléon a été commémorée comme un symbole du principe de «
nationalité » et de la mémoire révolutionnaire.
Etonnant, non ?
Une fois les bonapartistes revenus au pouvoir après 1851,
les célébrations ont pris une autre dimension : elles incarnaient un ordre
civique qui cherchait à définir les principes de citoyenneté sous le Second
Empire et au début de la Troisième République, et Napoléon III va instituer
cette fête par le décret du 16 février 1852.
La Saint-Napoléon entendait favoriser l’instauration d’un
ordre civique susceptible de « réunir tous les esprits dans le sentiment commun
de la gloire nationale ». Le choix de cette date visait à « bonapartiser »
consciemment le régime issu du coup d’État de décembre 1851, processus qui
culminerait dans la restauration de l’Empire à la fin de cette même année.
Dans chaque commune du pays, la fête commençait par la
distribution d’aumônes aux pauvres, suivie par un Te Deum dans l’église locale
auquel assistaient toutes les notabilités. Ensuite venait une revue militaire et
dans l’après-midi, des jeux et des divertissements publics. Les réjouissances
connaissaient leur apogée dans la soirée avec des feux d’artifice (ou des feux
de joie dans les communes pauvres) suivis de banquets pour les élites, de bals
et de divertissements musicaux pour la population.
La Saint-Napoléon a permis d’établir le lien entre les
identités religieuses et nationales puisqu’elle a eu le double statut de festivité laïque aussi bien que catholique
entre 1852 et 1870.
Le conflit entre les autorités religieuses et civiles, au
niveau local, était un conflit opposant deux institutions rivales, l’église et
la mairie, qui chacune chassait sur les mêmes terres.
Après la séparation de l’église et de l’état, ces souvenirs
sont restés ancrés dans la mémoire collective et aucune autorité n’a osé s’y
attaquer.