@Eric F
Macron
était effectivement, avant son élection, pour la levée des sanctions.
Maintenant,
le volet agricole est une autre chose, bien plus compliquée.
EMBARGO ALIMENTAIRE RUSSE
L’embargo alimentaire a été décidé par le Kremlin et non pas par les
Occidentaux, pour partie (et pour partie seulement) en réponse aux sanctions.
D’ailleurs cet embargo alimentaire, en ce qui concerne l’Ukraine, a été décidé
avant l’annexion de la Crimée et avant la guerre du Donbass, c’est à dire avant
les sanctions. Rappelons que l’Ukraine était un des principaux fournisseurs de
denrées alimentaires pour la Russie.
Ensuite
l’embargo sur la viande de porc biélorusse et européenne a été décidé en
décembre 2013, c’est à dire, là aussi avant les événements et les sanctions
précités. Cet embargo a causé un gros émois car il arrivait en pleine phase
défavorable du cycle du porc.
D’autres
embargos contre les biens agricoles européens ont été décidés à la suite
des sanctions. En fonction des besoins
de politique extérieure et des investissements agricoles, des embargos russe
sur les denrées alimentaires sont périodiquement mis en place contre d’autres
pays de l’Ex URSS, hors UE.
IMPACT DE L’EMBARGO SUR LES EXPORTATIONS OCCIDENTALES ET LA PRODUCTION RUSSE
Les conséquences sont à examiner du point de vue européen et du point de vue
russe.
Pour la France l’embargo porcin (préalable aux sanction) est tombé au plus
mauvais moment. Mais, assez rapidement, comme pour les autres denrées, les
surplus se sont dirigés vers le marché chinois. En moins de deux ans, l’impact
a été maîtrisé.
Pour la Russie, il faut savoir que cet embargo a été contemporain d’un rouble
dont la valeur a été divisée par deux
(comme le prix du baril). Le rouble était très largement surévalué au début des
années 2010 en raison de l’envol des prix du pétrole. A l’époque la production
russe était devenue plus chère que la production extérieure. A la même époque,
les supermarchés regorgeaient donc de bien importés occidentaux. Je me souviens
aussi de mon ami Igor d’Irkoutsk disant : "Pourquoi je m’embête encore à
travailler à la datcha ? On trouve de tout dans les supermarchés."
A
partir de 2014, les biens importés sont devenus deux fois plus chers (roubles)
et plus rares (embargo). La production russe devenant comparativement moins
chère, elle a donc pu être relancée. Il faudrait aussi savoir quelle a été
l’évolution de la production des datchas. Elle tient une place importante dans
l’alimentation des ménages. Ensuite les transformateurs européens établis en
Russie se sont découvert un marché pour leur production russe qu’ils ont pu
développer. C’est le cas des Allemands et des Français (dont Bonduelle très
présent).
UNE VRAIE BOUILLIE
Bien malin qui sait donc avec précision rapprocher les phénomènes et leur cause
précise. Embargo russe, sanctions occidentales, impact de la valeur du rouble,
tout cela est une aimable bouillie tant de la part des partisans des sanctions,
que de la part des pourfendeurs des dites sanctions. Lors des débats d’avril
2016 (Assemblée Nationale) et juin 2016 (Sénat), on a entendu des discours
sidérants montrant une méconnaissance profonde du dossier et une totale
confusion.
QUEL
SERAIT l’IMPACT D’UNE LEVEE DES SANCTIONS
La motion de l’Assemblée Nationale sur une demande
de levée des sanctions était assez directe. Celle du Sénat plus alambiqué.
Alors pourquoi les sanctions n’ont pas été levées ? On ne peut que lancer
quelques idées.
- Tous les 6 mois un nouvel événement suscite l’animosité entre les Occidentaux
et le Kremlin.
- Les motions n’avaient qu’un caractère consultatif.
- La tension agricole en France est retombée. Le point critique du cycle du
porc est passé.
- Des débouchés chinois ont été gagnés.
- Le rouble reste bas, la levée des sanctions n’aurait quasiment aucun impact
sur les exportations alimentaires occidentales.