Je suis conscient du courage politique, voire de l’abnégation, que constitue pour un électeur de gauche l’idée de soutenir un gouvernement qui comprenne des responsables de droite. De la même façon, il faut, il faudrait, il faudra bien du courage aux responsables politiques de gauche pour accepter un tel projet de gouvernement.
La situation est bien sûr bien plus confortable pour les électeurs et responsables du centre : eux n’ont qu’un petit pas à faire vers l’un ou l’autre, tandis que ceux, de droite ou de gauche, doivent se faire violence après tant d’années de conflit.
Mais de quoi parlons-nous ici ? Du destin politique de quelques hommes et femmes, de l’avenir d’un parti, de quelques places sur l’échiquier ? Ou d’un choix de société, qui va nous engager et engager sans doute un peu l’avenir de nos enfants ces prochaines années ?
Cette élection est un cap, un tournant. Quelque soit le résultat, il nous engage pour un certain temps. Vous savez combien le ou la futur(e) président sera difficile à vaincre en 2012, surtout si celui-ci s’appelle Nicolas Sarkozy, tant le sortant dispose d’atouts, et parfois en abuse.
Et pourtant, sociologiquement, les français, pris dans leur ensemble, sont plus prêt à élire un président de droite plutôt qu’un président de gauche. Mais ils sont aussi plus prêt à élire un président du centre plutôt qu’un président de droite ou de gauche.
Le projet de Michel Rocard est effectivement celui que les électeurs de centre-gauche préfèreraient. Mais, en raison de la composition même du Parti Socialiste, son repésentant n’est pas en mesure de le porter. Il en eût été bien différent si ce leader avait été DSK, mais ce n’est pas.
Sur la table n’existe donc que le projet de François Bayrou. Ce projet, parce qu’il est porté par un candidat du centre, se projette à égale distance vers la droite que vers la gauche. Il n’en est bien sûr que plus difficile à accepter pour la gauche, mais aussi pour la droite. Mais c’est le seul.
Nombreux seront les électeurs de gauche, ou de droite, à voter pour leurs idées, leurs affinités, et c’est justifié.
Mais si un petit nombre, mais un nombre suffisant, ne parvient pas à se faire violence (et après 2002, c’est d’autant plus difficile), alors le résultat est connu d’avance.
Ce que les appareils refusent, ce que les cadres réfutent, seules les électeurs ont le pouvoir de l’imposer. François Bayrou a ses défauts. Son projet a ses défauts. Son programme a ses défauts. Mais, comme le dit Michel Rocard, il est compatible avec une certaine idée de la société, de la démocratie, des libertés, de la France, que se font les sociaux démocrates, les écologistes modérés, les gaullistes modérés...
Le parti socialiste refuse toute idée d’accord avec l’UDF et son président. C’est un fait. A ses électeurs de décider.