Une excellente analyse.
En réalité, toute la démarche de François Bayrou est illustrée dans ce poème de Louis Aragon, écrit en mémoire de quatre jeunes hommes fusillés sous l’Occupation : Gabriel Péri, communiste, Honoré d’Estienne d’Orves, membre de l’Action française rallié à de Gaulle, Guy Môquet, communiste, et Gilbert Dru, jeune philosophe chrétien
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda
C’est ce message,de rassemblement au delà des clivages pour redrésser la France, qui a permis à François Bayrou, chose inimaginable il y a 6 mois, de menacer les deux favoris et l’ordre établi. Lui qui n’avait que 6% d’intentions de votes au début de sa campagne, 27 députés, les media, les commentateurs, les réseaux contre lui, a rassemblé au delà des clivages rejettés par une majorité de français, une partie des électeurs désabusés, qui se sont remis à espérer.
Je partage, hélas, la conclusion de votre article.
En 2002, les électeurs ont voté protestataire, las des promesses non-tenues, des guerres de clans.
En 2007, après 5 années de pouvoir absolu au main d’un seul parti, certains s’apprètent à voter pour une alternative différente mais républicaine, tandis que d’autres, aussi nombreux, sont déjà figés dans le vote protestataire.
Si ce pari de François Bayrou échoue, si le système bipolaire, clanique, de défense d’intérêts particuliers, est de nouveau au pouvoir, comment s’exprimeront tous ces exclus, ces désespérés de notre démocratie ?
Il ne restera, en effet, que la rue.