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Clark Kent Séraphin Lampion 28 mai 2022 16:31

Une méthode habile de manipulation est la confusion, comme, par exemple, se référer au sens dérivé d’un mot plutôt qu’à son étymologie et à son histoire, en l’occurrence ici préférer « désordre » à « liberté » pour décrire les anarchistes qui se présentent « eux-mêmes comme « libertaires ».

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. La confusion s’opacifie encore dès que l’on veut analyser les termes « libéraux », « libertariens » et « libertaires ».

  • le mouvement « libertaire » met en avant la liberté individuelle la plus étendue possible, notamment par la résistance à toute forme d’autorité (l’Etat, mais aussi les grandes entreprises, l’Eglise et toutes les « superstructures »),
  • l’école « libertarienne » veut instaurer une société fondée sur la liberté des individus, lesquels s’organisent et coopèrent comme ils l’entendent selon les principes d’autonomie, de responsabilité et sur la base du contrat privé. Le libertarianisme se fonde aussi sur le droit de propriété, le marché et la libre-entreprise : l’initiative individuelle prime. Le rôle de l’Etat se limite à celui d’arbitre et de protecteur de l’espace de liberté de chacun,
  • la pensée « libérale » se fonde elle aussi sur le contrat, la responsabilité de l’individu et le respect de ce qu’elle considère comme des droits fondamentaux : l’égalité devant la loi, la liberté de conscience et d’expression, le droit de vote, le droit à la sécurité, le droit de propriété, la liberté d’entreprendre, etc. Sur le plan économique, le libéralisme prône le retrait de l’Etat, donc la dérèglementation et les privatisations.

Libertaires, libertariens et libéraux ont en commun le fait qu’ils prônent la réduction du rôle de l’Etat. Mais les libertaires vont plus loin en appelant à limiter toutes les formes de pouvoir et d’autorité : grandes entreprises, religion, école et plus généralement toutes les institutions qui véhiculent l’idéologie de l’économie de marché »., et en préconisant l’autogestion et la démocratie directe. Contrairement à l’idée reçue, « anarchisme » ne signifie pas « désordre », mais renvoie au contraire à l’existence d’un ordre sans autorité.

En fait, différence entre libertaire et libertarien concerne la question du droit de propriété.

Les libertaires anarchistes s’opposent ainsi à toute possibilité d’accumuler, d’accaparer, de thésauriser ou de monopoliser. Ils rejettent tout système fondé sur la lutte économique et les inégalités sociales.

Acontrario, pour les libertariens et les libéraux, la possibilité de posséder voire d’accumuler sans limite des biens qui sont supposés être le résultat de leur travail et de leurs efforts est un élément fondamental. Les différences sociales sont vues comme légitimes, puisque fondées sur le travail et le talent de chacun.

Libertariens et libéraux fondent leur activité sur la prédation : les individus se concurrencent pour accéder aux terres, aux ressources et aux biens. Ils font la course à l’innovation pour améliorer les techniques d’extraction, d’exploitation et de production, ce qui conduit à la réalisation de profits et une accumulation de capital toujours plus importants. Poureux, la nature est un ensemble de ressources à exploiter ce qui les met en contradiction avec les organismes de protection de l’environnement qu’ils phagocytent pour mieux les contrôler.

De son côté, la philosophie libertaire prône la coopération entre les individus et l’harmonie avec la nature. L’innovation sociale et environnementale précède l’innovation technologique et non l’inverse.

La contradiction fondamentale de l’idéologie libertarienne est illustrée par Elon Musk qui prône à la fois une liberté individuelle totale et la domination économique des uns sur les autres. Cette domination économique prive en fait une bonne partie de la population de sa liberté puisque son mode de vie et son mode de pensée se trouvent influencés par la classe dominante qui contrôle le système médiatique, culturel, financier, politique, économique et social. Or, cette situation est rendue possible par l’exercice du droit de propriété et par la possibilité d’accumuler le capital, ce qui se solde par l’apparition de positions dominantes ou de monopoles dans tous les secteurs.

L’harmonie sociale semble donc plus difficile à obtenir dans une société libertarienne que dans une société libertaire.

C’est que la liberté peut être vue sous des angles différents :

  • pour les libertariens et les libéraux : chacun tente d’élargir son espace de liberté dans le respect du cadre fixé par la loi en principe). Ici, la liberté est synonyme de frontières, de limites à ne pas franchir (« ta liberté s’arrête où commence celle des autres »), mais à repousser le plus possible. C’est une forme d’individualisme.
  • pour les libertaires la notion de liberté n’est pas un système séparateur et individualiste mais une valeur collective, base de la fraternité et de la convivialité. La liberté est l’absence de domination sociale et idéologique, c’est un moyen de se tourner vers les autres, de coopérer et de s’entraider.

La devise de la République Française, « liberté, égalité, fraternité » se garde bien de développer la définition de ces slogans. Et le meilleur moyen de privilégier les conceptions libérales est de dénigrer et discréditer les conceptions libertaires et d’opposer ce qui serait une utopie (chimère) iéaliste à ce qui semble être le pragmatisme de l’évidence ontologique.


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