En tant que prof de fac, qui suis passé par tous les échelons, postes, status possibles et imaginables depuis vacataire jusqu’à prof en passant par ATER, Maître de Conf’ etc., j’ai ma petite idée de ce qui ne va pas.
Au risque de mécontenter certains, une grosse partie du problème réside dans des spécificités bien françaises qui n’osent pas dire leur nom.
Tout d’abord on en est resté à l’image de l’étudiant ’gentleman-scholar’ autonome, planifiant seul son parcours, choisissant comme il l’entend, organisant son temps de travail. Cela ne correspond en rien à la demande de l’étudiant 2007. Certes, beaucoup n’ont pas le niveau, ni l’envie de poursuivre à partir de la première année mais, surtout, beaucoup pratiquement un absentéisme catastrophique car l’assiduité n’est nullement obligatoire.
L’étudiant (dans le sens collectif) n’a pas l’habitude d’interpeler son enseignant, pour lui demander éventuellement de ralentir le rythme du cours, de revenir en arrière sur tel ou tel point, voire même de marquer une pause car il y a saturation. Et souvent, l’enseignant n’a pas l’habitude de se laisser ainsi interpeler. J’ai instauré ce type de dialogue avec une classe cette année et je peux vous assurer que les résultats à l’examen étaient spectaculaires, l’ensemble des étudiants ayant maîtrisé un cours d’une difficulté et d’une complexité extrêmes !
L’employeur français a aussi à balayer devant sa porte, lui qui exige systématiquement des diplômes en rapport pointu avec l’emploi. Pourquoi recrute-t-on des philosophes ou des littéraires dans les entreprises U.S., japonaises ou britanniques, mais jamais françaises ? Seulement, comme pour la mise au rencart des plus de 50 ans, on tolère des préjugés à contre courant du monde entier chez le patronat français.
Les autres tares du système sont bien connus : investissement minimal dans le supérieur - un étudiant coût moins qu’un lycéen, un enseignant dans le supérieur est souvent moins bien payé que dans le secondaire, l’état des installations, des bâtiments, est souvent déplorable. La concurrence ’déloyale’ des grandes écoles, crées par Bonaparte pour casser l’université trop marquée par l’église n’a jamais été mise en question.
Mais cessons de casser du sucre sur le dos des lycéens et étudiants français : certes, devant la déferlante d’une sous-culture de masse à laquelle personne n’échappe, leur maîtrise des fondamentaux est moins assurée qu’auparavant (mais franchement, quand j’entends parler certains politiques, pourtant quinquas, on chercherait en vain les traces de notre belle culture classique, depuis la bravitude jusqu’à Pandore qui sort de sa boîte...)
Mais avez-vous idée de l’indigence culturelle des élèves anglais ou américains, issus des écoles publiques ? Le moindre élève en Terminale d’un quartier sensible passerait pour Jean d’Ormesson à côté !
Certes, une orientation plus stricte à l’entrée de la fac serait souhaitable. Certes, les syndicats étudiants, très faiblement représentatifs, vivent dans une langue de bois égalitariste et menacent de faire grève comme par un automatisme pavlovien. Mais je ne suis pas certain qu’un accroissement du pouvoir déjà exorbitant des présidents d’université soit une solution. Et je vois mal comment on pourrait faire des universités françaises l’équivalent des homologues U.S. par exemple si on ne règle pas l’épineuse question des grandes écoles, du CNRS et, tout simplement, du budget.
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