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Tristan Valmour 9 avril 2008 12:28

 

Bonjour Pouletto

 

Je suis actuellement à Dalian, et c’est mon troisième séjour en Chine. Cela ne fait donc pas de moi un spécialiste mais je peux livrer un court témoignage pour éclairer mes concitoyens.

 

Je me sens complètement libre de mes mouvements, je ne suis pas inquiété le moins du monde. Il n’y a donc pas un policier derrière moi. Les Chinois sont très accueillants, et je retrouve là ce que j’ai connu en Afrique, continent que je connais très bien.

 

Je côtoie trois catégories de population : les lycéens et étudiants, les officiels de l’équivalent de l’Education Nationale, et quelques très riches Chinois, dont les enfants suivent des cours de FLE. Ma société travaille dans le domaine de l’enseignement et de la formation, ceci explique cela.

 

Les lycéens et étudiants sont très ouverts (surtout quand ils sont seuls, ce qui est assez rare) et sont loin de relayer le discours officiel. Curieusement, ils ne savent pas ce qu’est le communisme. Je ne parle pas encore chinois aussi est-il difficile d’expliquer ce concept, mais les étudiants se retrouvent assez bien dans la description que j’en ai faite, à quelques exceptions. Il y aurait donc des différences avec le communisme de l’ex URSS. Ils sont conscients de l’absence de démocratie, de leur incapacité à influer sur la vie politique – tout est décidé par le parti -, mais leur première préoccupation est d’acheter des marques ! Beaucoup d’étudiants, les plus ouverts, ont fait des séjours linguistiques d’un an au moins. Pour cela, ils passent par une agence officielle qui dépend du parti. Il faut débourser au minimum 10 000 euros, il n’y a guère que les enfants des upper middle class et au dessus qui peuvent aller à l’étranger. Quand ils sont à l’étranger, ils se retrouvent sur un site internet où ils échangent leurs impressions, trucs et astuces. On prétend que les Chinois restent entre eux, mais je témoigne du contraire. Les étudiants n’aiment ni Bush ni Sarkozy. Avant l’élection de notre cher président, la France avait la cote, depuis son alignement sur les US, nous sommes moins bien vus.

 

Mes relations avec les officiels sont très cordiales, nous ne parlons pas politique ou économie, mais business, pédagogie, système scolaire par le biais d’un interprète assermenté. Les lycéens chinois qui fréquentent assidûment l’école ont beaucoup plus de contrôles qu’en France. Ils ont un enseignement très poussé en mathématiques, en sciences et en langues. Une fois l’école finie (de 7h du matin à 21h), ils rentrent chez eux, mangent rapidement (la nourriture là bas n’a rien à voir avec nos restaurants chinois !) et ont des cours particuliers jusqu’à 1 h du matin ! Les cours particuliers sont donnés par des professeurs, au noir. C’est interdit mais ils le font quasiment tous. A noter que les Chinois vont en cours le dimanche. Pas le samedi après-midi. Les classes dépassent fréquemment les 40 élèves, mais – dans les villes au moins -, les élèves sont très disciplinés et ont le culte du professeur. Cela est également vrai chez les enfants de millionnaires.

 

Les riches chinois que je côtoie sont très agréables, très simples. Beaucoup sont des « self made men », d’anciens petits commerçants. On pourrait croire que leur fortune est liée à la proximité avec le parti – c’est en tout cas ce que j’ai cru -, apparemment, elle est liée à leur performance. Tous m’ont tenu le même discours : ils se sont faits pendant les années 90, aujourd’hui il leur serait impossible de recommencer. La Chine n’apparaît plus comme un Eldorado, les places semblent avoir été prises en l’espace de 10-15 ans ! La politique les intéresse très peu (ou ils n’osent pas en parler, je ne sais pas), au contraire des affaires. A noter que le magazine Forbes a révélé qu’il y avait moins de 20 milliardaires en Chine. Je crois qu’en réalité il y en a beaucoup plus. Les Chinois sont discrets sur leur fortune, il y a un tabou identique à la France sur ce sujet.

 

J’ai interrogé des Chinois sur le Tibet, en parlant de « pays ». Ils m’ont tous – y compris les plus occidentalisés – repris : pour eux, le Tibet est une région de Chine depuis le XIXè siècle. Ce n’est pas un pays. Ils affirment également que les mouvements tibétains sont instrumentalisés par les services occidentaux, qu’ils ont commencé à s’en prendre aux Chinois, et que l’armée a répliqué. Je ne sais pas si c’est vrai, en tout cas, c’est une piste qu’il ne faut pas négliger. Les Chinois n’hésitent pas à faire un parallèle avec notre Corse. Autant dire que le Tibet est un domaine sensible qui fait l’unanimité chez les Chinois. On ne pourra pas les diviser sur la question, on risque au contraire de renforcer leur unité.

 

Quant à l’affaire avec le CIO, pourquoi avoir accepté de laisser les jeux aux Chinois si c’est pour les contester après ? Le Tibet n’est pas en crise depuis 2 mois, mais depuis bien plus longtemps. Pourquoi aussi ne pas exclure la Chine du CIO si elle n’est pas fréquentable ? Pour ma part, je serai enclin à penser que ces mouvements ne sont pas spontanés, ils sont orchestrés. Les services occidentaux procèdent de la sorte : voir la Révolution Orange et autres révolutions de couleur orchestrées par la CIA dans les ex pays de l’Est afin d’établir des gouvernements pro-américains. Ce n’est pas une critique mais une constatation. Il est légitime qu’un pays veuille préserver et étendre ses intérêts et influences, tous les pays le font et l’humanité n’est pas encore mûre pour la concorde, malheureusement.

 

Il ne faut pas non plus croire que nous, l’occident, représentons un modèle. Nous connaissons aussi de nombreux dysfonctionnements, et notre démocratie n’est qu’illusoire (voir les deux derniers articles que j’ai rédigés sur les partis politiques). Combien de personnes avons-nous tuées au nom de notre démocratie, de notre civilisation ? Notre système nous préserve-t-il de la corruption ? Alors pourquoi des paradis fiscaux, des faux électeurs à Paris, des marchés truqués, etc. ?

 

Voilà, je n’ai pas le temps de développer davantage. Pour conclure, il faut cesser de caricaturer la Chine, ou n’importe quel autre pays, y compris les US. Aucun pays, aucune société, aucune population n’est monolithique ou figée. Les choses bougent.

 

Enfin, pour ceux qui seraient tentés par la Chine, malgré ce que nos médias – pas objectifs pour un sou – en disent, allez visiter Dalian. Et si vous commandez à manger dans la rue, n’employez pas vos doigts pour indiquer la quantité : vous vous trouveriez avec une semaine de nourriture, les Chinois comptant avec leurs mains différemment de nous.

 

 

 

 


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