Une analyse intéressante.
Soyons honnêtes, les récents développements de cette famille politique sont inquiétants. Divisions, querelles de personnes, éclatement… tout cela l’affaiblit considérablement, à l’heure même où son espace politique n’a jamais été aussi flagrant.
La lente chute d’influence de l’UDF est due à son positionnement automatique, comme l’est la chute d’influence des autres partis Verts, PC, PRG, MPF etc... Tant que l’UDF représentait une alternative de pouvoir, elle avait une influence réelle et un attrait électoral, c’est à dire jusqu’en 1988 et l’échec de Raymond Barre. Par la suite, son alignement automatique sur l’autre parti de droite l’a condamnée à un rôle de supplétif, lentement érodé par l’appétit de son puissant allié, jusqu’à la tentative d’absorption par l’UMP. Pour l’électeur en effet, quel intérêt de voter pour un parti systématiquement aligné sur un autre, et sans pouvoir réel... ? Il semble que la tentative de résurgence de l’ancienne UDF ait été définitivement enterrée hier lors de la réunion de son bureau, ce qui est certainement une bonne nouvelle pour le centre.
Un centre réuni (je préfère l’appellation démocrates, plus logique, car un centre n’a par définition mathématique pas de surface) aurait un poids politique considérable, surtout avec l’affaiblissement du président et les querelles de l’UMP d’un côté, et les luttes intestines du PS de l’autre. Il serait donc logique de travailler à un rassemblement avec les autres partis et groupuscules de la galaxie centriste. Mais cette démarche n’a de sens que si elle s’effectue selon un préalable : l’autonomie politique du centre, c’est à dire l’absence d’automatisme de ses alliances. Que ce centre, dont le MoDem représente l’élément principal en terme électoral (et non d’élus), décide ensuite qu’une alliance avec l’UMP a plus de sens actuellement qu’avec le PS, ou l’inverse, pourquoi pas. Mais en aucun cas cela ne peut être un préalable, faute de mener à la disparition de ce centre.
Néanmoins, ce type d’accord parait très dangereux à court terme : pour exister, ce centre a besoin de proposer un projet alternatif crédible aux yeux des électeurs. En raison du positionnement actuel du PS et de l’UMP, un accord de partenariat semble effectivement très compliqué, et ne pourrait apparaître aux yeux des électeurs que comme un ralliement.
Ajoutons que le calendrier électoral plaide pour un statu quo actuel du positionnement politique du centre (ce qui ne signifie pas statu quo dans son organisation ou son projet...) :
- l’évolution du PS. Celui-ci tiendra un congrès assez déterminant à la fin de l’année. Suivant le projet, l’orientation politique, et la désignation de son leader, cet évènement décidera largement des possibilités futures d’alliances entre centre/démocrates et PS.
- l’évolution de l’UMP. Bien que traditionnellement mené d’une main de fer, ce parti maintenant très hétérogène est agité par de sourdes luttes d’influences entre sarkozystes et neo-gaullistes, sans compter la marginalisation des anciens chrétiens-démocrates. De plus, il faut aussi prendre en compte la fin de l’état de grâce du président de la république
Pour autant, le fonctionnement actuel du MoDem n’est pas satisfaisant, et des mesures pourtant simples devraient être prises par ses dirigeants pour asseoir sa crédibilité (organisation interne, présence de porte-parole thématiques dans son bureau exécutif, travail de fond pour présenter des propositions alternatives plutôt que des critiques systématiques…).
Reste que le principal obstacle à un centre/parti démocrate puissant et uni réside effectivement dans le mode de scrutin de la plupart des élections en France. Celui-ci favorise le parti arrivé en tête, et donc la soumission des partis qui ne peuvent espérer l’emporter afin de conserver des élus, au détriment de leur influence effective. C’est la raison pour laquelle le parti radical de JL Borloo ou le Nouveau Centre, à droite, tout comme le PRG, à gauche, demeurent prisonniers dans de telles alliances, qui les étouffent à petit feu.
Le pari de F. Bayrou est donc celui de gagner la seule élection qui puisse faire basculer la tendance, l’élection présidentielle. En remportant cette élection, il permettrait une recomposition du paysage politique, et l’émergence d’un parti central puissant, tout comme VGE avait réussi à le faire après son élection. Mais, cercle vicieux, il a besoin pour cela d’un parti fort, ou au moins suffisamment crédible, et d’alliés. Tout dépendra donc des forces en présence en 2011-2012 : si la droite de Nicolas Sarkozy parait en position de l’emporter facilement, les parties satellites du centre-droit lui resterons fidèles, afin de sauver quelques miettes de pouvoir, tout en se condamnant à moyen terme. En revanche, si celui-ci apparaît en difficulté, et qu’aucun leader n’émerge vraiment à gauche, alors Bayrou pourrait réunir sur son nom la galaxie centriste, pourvu qu’il assure cette fois-ci à ses partenaires qu’en cas d’absence au second tour, il se ralliera au plus fort… D’ici là, le centre demeurera divisé, et le MoDem devra tenter de sauver les meubles aux prochaines élections, européennes et régionales.
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