En ce qui concerne le prix du pétrole :
Face à ce choc de la demande, un vrai choc apparaît aussi du côté de l’offre. Souvent méconnu, il se résume simplement : les pays producteurs ont désormais une vision de long terme - du moins ceux qui ont les plus grandes réserves. A vrai dire, il y a clairement deux types de pays. Les premiers pompent tout ce qu’ils peuvent. Cette fuite en avant s’explique souvent par la volonté de survie du régime politique en place. C’est le cas par exemple de la Russie, qui aura épuisé ses réserves en moins d’une décennie si elle continue d’exploiter ses gisements au rythme actuel. Les investissements passent ici au second plan. Et puis il y a les autres pays, ceux qui ont plusieurs décennies de réserves devant eux, comme l’Arabie saoudite, le Venezuela ou l’Iran. Ceux-là semblent être entrés dans une logique de la rente. Ils cherchent d’abord à remettre la main sur leurs ressources, au détriment des majors occidentales qui n’ont plus accès qu’au dixième des gisements recensés dans le monde. Ils s’efforcent ensuite d’exploiter leur rente au mieux. En limitant leur activité, ils gagnent sur tous les tableaux. Chaque baril valant plus cher, ils accroissent leurs recettes à production égale. En restreignant les ponctions sur leurs gisements, ils en prolongent la durée d’exploitation. Et ils étalent les investissements dans le temps. Autrement dit, ils appliquent la règle d’Hotelling, un économiste qui a décrit en 1931 ce que devaient faire les détenteurs d’une rente pour en tirer le maximum. Dans son modèle, le prix devient tellement élevé quand les hommes extraient les dernières quantités disponibles d’une ressource naturelle non renouvelable que la demande disparaît complètement... La mécanique marche à condition qu’il n’y ait pas de choc susceptible d’entraîner un chamboulement des habitudes - ce qui a été le cas jusqu’ici.