Merci pour le lien vers le rapport Grin.
Notre ami y indique que les revenus de l’anglais viennent de 5 points :
- "une position de quasi-monopole sur les marchés de la traduction et de l’interprétation vers l’anglais, de la rédaction de textes en anglais, de la production de matériel pédagogique pour l’enseignement de l’anglais et de l’enseignement de cette langue".
Des exemples que j’ai déjà relativisés : la traduction marche dans les deux sens (à croire que pour Grin, la France n’exporte pas de produits culturels...), le matériel pédagogique est supervisé par l’Éducation Nationale et publié par des entreprises françaises (le plus gros des bénéfs allant dans la poche de l’entreprise, et pas de l’auteur anglo-saxon de quelques textes du bouquin), "la rédaction de textes en anglais" me laisse perplexe (je ne vois pas où il veut en venir, puisque tout un chacun, avec un dico pour les termes techniques, est capable de rédiger en anglais), et les profs anglo-saxons font tourner l’économie de leur pays d’accueil bien plus que celui d’origine.
- "l’économie de temps et d’argent dans la communication internationale, les locuteurs non-natifs faisant tous l’effort de s’exprimer en anglais et acceptant des messages émis dans cette langue"
Sous-entendu "ouin ouin, les Anglais, ils ne perdent pas de temps à apprendre une autre langue" ? Je reste très dubitatif, il est tout à fait possible d’apprendre une langue par soi-même, comme hobby (comme l’espéranto, par exemple ^^).
- "l’économie de temps et d’argent pour les anglophones, grâce au fait qu’ils ne font plus guère l’effort d’apprendre d’autres langues"
C’est pas exactement ce qu’il vient de dire dans le point précédent ?
- "le rendement de l’investissement, dans d’autres formes de capital humain, des ressources que les anglophones n’ont plus besoin d’investir dans l’apprentissage des langues étrangères"
Ça, en revanche, c’est vrai. Mais il est plus que probable que le temps/argent en question soit majoritairement consacré aux loisirs, dont le rendement financier n’est pas évident.
- "la position dominante des anglophones dans toute situation de négociation, de concurrence ou de conflit se déroulant en anglais"
Le flan ultime. Quel est le raisonnement derrière cette assertion débile ?
Par ailleurs, notre ami Grin nous assène, comme ça, que l’espéranto s’apprend plus vite que toute autre langue. Encore une fois, c’est n’importe quoi, puisque l’apprentissage d’une langue passe par l’acquisition de son vocabulaire, et que s’il est plus facile de construire des mots en e-o par son principe agglutinant, il est à l’inverse plus dur de décrypter un mot que l’on exprime soi-même différemment (rappel : "chaussette" = "vêtement pour le pied").
Sa façon de calculer "l’investissement de l’enseignement d’une langue" est aussi une belle truanderie. Il part du principe qu’enseigner pendant N*2 heures coûte 2 fois le prix d’un enseignement de N heures, or c’est totalement faux puisque si dooubler le temps d’enseignement demande forcément 2 fois plus de profs, le matériel acheté (manuels, matériel audio, tableau, projecteurs, etc.), n’est payé qu’une fois. Le nouveau coût est donc de "prix_du_matériel + 2*prix_des_profs".
Pour "calculer" combien gagne l’Angleterre par an, Grin se base sur un chiffre fantaisiste de 800 M de livres. "Le site du British Council indique ainsi que les « English language products » (sans doute à comprendre comme des produits liés à la langue anglaise, donc une catégorie plus large que des produits en langue anglaise), valent environ 800 millions de livres par année". Un chiffre que lui-même confesse ne pas comprendre ! Sauf que pour étayer son résultat, il annône "Phillipson renvoyait vers une page du gouvernement britannique citant un chiffre de 13 milliards annuels gagnés grâce à l’anglais", la page en question ayant disparu ! Bravo, quel sérieux !
Enfin, comme d’habitude, Grin ne se donne pas la peine d’évaluer combien la France engrange de sous pour les activités dont il prétend qu’elles remplissent les poches des anglo-saxons.
Bref, ce rapport, c’est poubelle direct. Encore un ramassis de n’importe quoi qui nuit à l’e-o (comme M&Ms, un peu).