Quand cessera-t-on d’invoquer un manque de moyen quand il s’agit d’un défaut de sens moral ?
Etre contraint par la loi -suite à une erreur d’écriture- de libérer un présumé violeur récidiviste que l’on avait prévu de garder en détention provisoire, ce n’est pas un manque de moyen. C’est l’expression d’une perte de sens dans l’exercice du droit, d’un mépris des principes censés animer la justice... affiché par une institution qui se débat trop souvent dans des arguties ineptes et déconnectées du réel.
Quand l’application du droit s’avère inique, les magistrats la défendent généralement en expliquant que droit et morale (souvent appelée sentiment, voire passion, pour l’occasion) doivent rester séparés. Cette distinction semble être érigée en principe éthique de leur métier, puisqu’ils la présentent comme une condition absolument nécessaire au maintien d’une conduite juste et impartiale.
Intéressant ! C’est ainsi que peuvent péricliter les institutions il me semble : quand elles ne visent plus que leur auto-entretien, oubliant peu à peu la mission première qui avait valu leur mise en place.
Et quand cet argument ne saurait tenir pour cause d’absurdité patentée, l’on invoque alors le manque de moyen. Mais aussi réel soit-il, il n’explique pas les dérives auxquelles conduisent une stricte application d’un droit positif qui s’écarte des principes fondamentaux dont il est censé découler.
Quoiqu’il en soit, nul doute que notre gouvernement ne manquera pas de tirer profit de ce scandale. Sarkozy et sa clique agiteront probablement les drapeaux de la haine et de la peur pour calmer les angoisses du citoyen qui ferait le constat de cette absurdité, justifiant ainsi la nécessité de politiques toujours plus repressives... et de plus en plus hors-sujet.
Ce faisant, ils ne manqueront pas de taper sur les magistrats "contraints" d’appliquer l’inepte ou sur ceux qui en profitent, lesquels grogneront de colère plutôt que de s’interroger sur la perte de sens de leur institution. Chacun pourra alors se concentrer sur les individus ou l’aspect matériel du pb, ignorant ainsi la responsabilité qui incombe à la collectivité dans cet entretien de l’insensé.