Bonjour,
Je me suis aussi penchée sur le rapport de l’OND après avoir lu les déclarations de M. Alliot Marie et N. Sarkozy sur le recul de la délinquance. Je me permets de compléter votre article des quelques réflexions que je me suis faite à ce sujet.
Le rapport distingue 3 grands types d’infractions : atteintes aux biens, atteintes aux personnes et escroqueries. Dans la deuxième catégorie, on trouve les atteintes crapuleuses (dont le mobile est le vol) et toutes les autres.
Le recul annoncé est essentiellement dû à une diminution des atteintes aux biens, et une baisse des violences crapuleuses. Et globalement, les violences (déclarées) aux personnes ont augmenté.
MAM commente : "Les violences crapuleuses, c’est-à-dire majoritairement les vols avec violences, ont connu une baisse de 6 000 faits par rapport à l’année précédente. Si les violences aux personnes ont augmenté en 2008, malgré la baisse des violences crapuleuses, c’est majoritairement le fait de la hausse des violences intrafamiliales, ou tout au moins de la hausse de leur déclaration aux services de police et de gendarmerie."
www.interieur.gouv.fr/sections/a_l_interieur/le_ministre/interventions /presentation-chiffres-delinquance/
La précision "tout au moins la hausse de leur déclaration aux services de police et de gendarmerie" semble indiquer que la ministre est consciente du fait que ces chiffres ne sont que la partie emergée de l’iceberg... ce que les rares études menées sur le sujet confirment.
Voir les chiffres de l’ODAS sur l’enfance en danger, les résultats de l’enquêtes de l’INED sur la violence sexuelle - vous aviez écrit un article à ce sujet - et hier la publication d’un sondage IPSOS sur la prévalence de l’inceste dans la population. Tous ces chiffres, bien que partiels, indiquent qu’a minima une personne sur dix a fait l’objet de violences criminelles et/ou délictueuses dans son environnement proche (famille, entourage), majoritairement des enfants.
Mais cette réalité n’empêche pas la ministre de déclarer que : "En 2008, la délinquance de proximité, celle qui touche le plus nos concitoyens, a nettement reculé. Par rapport à 2007, ce sont 103 000 victimes qui ont été épargnées."
Le président renchérit : "La délinquance générale a baissé de près de 1% en 2008, la délinquance de proximité de 6% Depuis 2002, plus de 1,5 million de crimes et délits ont été évités"
Source : http://www.franceinfo.fr/spip.php?article237802&theme=9&sous_theme=11
Intéressant ! Et qu’est-ce donc que cette "délinquance de proximité" ? Le rapport de l’OND ne la définit pas.
Si l’on se base sur les chiffres avancés par les politiques, on peut supposer que pour MAM le terme renverrait aux atteintes aux biens auxquelles elle ajoute les violences crapuleuses (et encore, on ne retombe pas sur le chiffre des 103 000 victimes), et que pour Sarkozy, il recouvrirait les violences crapuleuses seulement.
L’absence de définition indique qu’il s’agit plutôt d’un concept assez creux sur lequel chacun est libre de plaquer ses peurs les plus diverses... et souvent, les plus fantasmogariques. Ce n’est pas une surprise pour quiconque perçoit la portée des discours sur la peur et l’insécurité.
Je déplore en outre une bonne dose de cynisme dans le fait de se féliciter si généreusement du recul de cette "délinquance de proximité"... quand on sait que la première forme de violence qui touche la population se perpètre au sein des familles et que la proportion de victimes est effarante.
Un mari qui bat sa femme, un patron qui harcèle sa secrétaire, un père qui viole ses enfants, un frère qui agresse sa soeur, une mère qui néglige son fils, une tante qui torture sa nièce, ce n’est pas de la délinquance de proximité ! Un proche ne fait donc pas partie de la proximité. La proximité, c’est la "racaille"... c’est à dire un jeune noir ou arabe de préférence, en situation irrégulière si possible ?
Berk.