Tout d’abord merci pour votre article qui même si je ne suis pas d’accord avec tout (et de loin) reste d’une qualité rare sur Agoravox.
Mais comme je ne suis pas complétement d’accord je vais vous donner ma version des faits.
Le monde plein sous perfusion (1973-2008).
Je suis d’accord avec vous sur un point : Cette crise est avant tout une crise du "monde plein" comme vous l’appelez.
- Il y a eu tout d’abord l’ère industrielle ou l’homme a appris à produire toute sorte de choses vite et bien. Comme on manquait de tout au début de cette ère et qu’on en a profité pour tout casser avec deux guerres mondiales, elle a pu durer.
- Les premiers signes de grippage sont apparus à la fin des années 60 et début 70. Il y avait bien le choc pétrolier mais il y avait aussi la fin des reconstructions, du rapatriement des pieds noirs, etc, etc, ... Bref le français avait grosso-modo tout ce qu’il lui fallait pour être heureux. Sauf que l’on avait des capacités industrielles adaptées à la reconstruction d’après guerre. La redondance était la... Pour la premiére fois ce n’était plus la capacité à produire qui allait faire la différence mais tout le reste. De la conception initiale du produit au marketing. Une fois un produit conçu et le circuit de vente en place, il était de toute façon possible d’inonder le marché. L’ére industrielle était terminé et on ne savait pas trop ou on allait.
- Cela a grippé très vite le système et les accords de Bretton Woods ont d’ailleurs sautés fissa. Le nouveau système devait inclure de la souplesse monétaire pour dégripper le système. Traduire : Il fallait gruger pour ne pas qu’une crise terrible secoue violamment les économies de l’ouest. En ces temps de guerre froide, ce n’était pas une option. Et c’est la qu’une bulle de crédit s’est progressivement mise en place. Et que l’on a commençé à suggérer à monsieur tout le monde qu’il pouvait changer de bagnole tous les 4 ou 5 ans .... à crédit ! Cela allait éviter un ajustement "douloureux" trop vite mais cela ne changeait pas la donne. Vu que l’on savait toujours produire mieux, ce n’était plus sur la "production" que l’on fesait la valeur d’un produit. Mais ce n’était pas grave, croyait t’on on allait délocaliser tranquillement ce qui n’apportait plus de valeur ajoutée et garder les boulots bien ici.
- Arrivent les années 90 et une révolution technique sans précédent. Cette révolution technique dans un premier temps va amener ici richesse supplémentaire, accroissement de la production (il faut produire des ordinateurs, des téléphones portables, bref pleins de nouvelles choses) et surtout .... permettre une seconde révolution dans le secteur de la finance cette fois ci. Et oui, la bourse n’a été informatisée que très tard, et les capacités extraordinaires à créer des produits financiers bizarres sont aussi une conséquence du tout informatique.
- Dans un second temps que l’on peut situer vers 2005, la même révolution technique commence à être sérieusement destructrice de valeur. Les entreprises échangeant leur factures par email sans intermédiaire papier, le balladeur mp3 se généralise, et surtout le quidam moyen commence à se comporter comme le "geek" utilisant comparateurs de prix pour ses achats. A ce moment la, on est déja équipé de pleins de gadgets et la pression du secteur technologique sur le secteur industriel passe d’inflationiste à clairement déflationiste. Mais ce n’est pas grave, il y a une bulle immobilliére qui a des proportions énormes, cela ne se voit pas.
- Dès le début de 2007, c’est la gabegie chez les financiers, les premiéres pertes des subprimes commencent à arriver. On fait croire que cela va être controlé mais beaucoup de financiers savent ce qui va arriver. La situation va décanter, et cela pétera finalement pour de bon à l’automne 2008. Certains experts attendaient ce krach depuis 2003, il en était presque temps.
Les forces en présence en 2008
La, il nous reste donc :
- Une force technologique clairement déflationiste puisqu’elle rend inutile de nombreux biens physiques. Et il faut la encore TOUJOURS prendre en compte la cascade : Dématérialiser la musique ne supprime pas que le CD, il supprime l’imprimeur du livret, le camion qui livrait ce CD à la FNAC, les rayonnages sur lesquels le CD était vendu, l’uniforme du vendeur, la moquette sur laquelle on posait ce rayonnage, la caisse enregistreuse, ... Bref quand on analyse les chaines d’économies crées par une dématérialisation c’est souvent colossal. La presse est en train de suivre la voie, le livre va suivre la voie (plus de 500 000 lecteurs Kindle vendu en 2008 aux seuls USA), les entreprises ne s’échangent plus les factures par courrier, etc, etc, ... J’en ai déja parlé plein de fois.
- Même dans ce qui n’est pas dématérialisé, la pression sera rapidement déflationiste. Si le salut est par exemple dans la voiture électrique, il y aura juste à produire la batterie qui nécéssite peu de main d’oeuvre mais le moteur sera quand à lui très simple et nécéssitant beaucoup moins de piéces qu’un moteur thermique. La pression sur les prix va encore une fois être orientée à la baisse.
- Une raréfaction du crédit qui pénalise le plus les activités qui ont un fort besoin en capital. En gros l’achat de biens physiques. Ce qui encourage les entreprises à dématérialiser d’avantage. Le cercle vicieux est en route.
Il y a quelques mois j’avais prévu que le NASDAQ serait largement épargné par la crise économique. J’avais faux sur ce point puisque le NASDAQ a autant chuté que le DOW. (Sur un an soit la baisse est identique à un chouillème près en faveur du Nasdaq). Par contre, il est étonnant de voir la encore que des sociétés comme Apple ou Google ont résisté extrémement bien sur le plan des résultats y compris sur la fin de l’année 2008. Le marché semble avoir puni à tord ces entreprises.
D’autres comme Dell ont eu moins de chance, mais ce n’est pas un hazard. Dell n’est pas vraiment une entreprise technologique, elle se contente d’acheter du matériel pour l’assembler et le revendre. Et effectivement les fournisseurs de matériel souffrent d’autant plus que dans de nombreux cas des logiciels installés sur de simples PC ont remplaçés du matériel dédié. Et ont au passage fait chuter énormément les prix. Exemple les standards téléphoniques qui autrefois étaient des machines dédiées très chéres et qui aujourd’hui de plus en plus tournent sur de simples PC. Si le haut de gamme n’est pas encore touché par cette tendence, le millieu de gamme a été très touché.
Bref, on sent le secteur des services et plus particuliérement celui de l’innovation prendre actuellement une importance relative plus importante que les autres secteurs. Et la crise ne fait que renforcer cette tendence qui si elle n’est pas visible dans les cours de bourse est bien réelle au niveau des résultats et des bénéfices. Et ce secteur technologique ne fait que dématérialiser de plus en plus de choses et standardiser de plus en plus les productions autour d’une électronique unique.
On rentre dans l’ère post-industrielle, et cette crise est le point d’inflexion.
Le protectionisme.
Déja le principe est franchement abject. En quoi seriez vous supérieur à un Tchèque ou un Chinois ? Il n’y a pas vraiment d’argument valable pour mettre une barrière entre eux et nous. Mais même en admettant que...
J’ai déja développé ici le fait que l’on est globalement gagnant. On ne pourrait pas consommer tout ce que l’on consomme si il fallait le produire proche de chez nous. Vu le prix d’une paire de pompe ou de fringues made in france je crois que les français réclameraient vite le retour des cargos venus de Guangzhou ;)
Et puis cela ne créerait que peu d’emplois. Tout serait automatisé à outrance avec de l’optimisation comme on sait le faire. D’un autre coté, vu que les chinois et les tchèques n’auraient aucune raison de ne pas nous renvoyer la balle, on se priverait de beaux contrats pour Airbus et Alsthom ou Bouygues. Qui rapportent de l’argent ici, au siège. Cela serait une catastrophe économique.
D’ailleurs ne vous réjouissez pas trop vite pour le protectionisme, a-la Sarkozy. Il vient déja de se prendre un camouflet. L’info n’est pas trouvable en France mais ici :
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=newsarchive&sid=aON9CfvMpPWI
En gros la direction de Peugeot lui a dit, on prend la thune et on va continuer à faire ce qu’on doit faire. Ils comptent certainement sur une intervention de l’europe (la plainte doit déja être en cours) et sur la discrétion de Sarkozy qui veut se contenter comme d’hab d’un effet d’annonce mais qui laissera après le cours des choses reprendre sans lui.
Ma solution
Lorsque l’ère industrielle était bien engagée et que l’on s’était apperçu que tout le monde y était misérable, des gens dont Jules Ferry ont partout eu la même idée. Si l’école devient obligatoire, les gens deviendront plus intelligents et plus productifs. Et donc ils feront des boulots à plus forte valeur ajoutée et ne seront plus concurençée par les machines pour leur simple force physique. A l’époque c’était la bonne chose à faire. Et si on a eu une classe moyenne au XXème siècle c’est avant tout grâce à ca !
Au XXIème siécle, il y a des tas de compétences qu’il serait utile d’apprendre A TOUS. Et déja aux Etats-Unis l’ACM a écrit à Obama pour lui réclamer ce que je réclame pour ici : Que les enfants aient droit le plus tot possible à des cours d’algorithmique. Cela leur rendra la programmation dans n’importe quel langage accessible, leur permettra de comprendre le monde qui les entoure. Et surtout, cela leur permettra de créer de la valeur lorsqu’ils seront employés. Et donc de ne pas faire partie d’un prolétariat sous-classé. Si on ne le fait pas effectivement la classe moyenne sera oblitérée et plus vite qu’on ne le croit. Si on le fait, on vivra quand même une période difficile mais on peut envisager la sauver.
Quand à la crise, elle va durer de toute façon quelques années. Mais sera plus ou moins dure selon ou vous travaillez.