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En réponse à :


COLRE COLRE 9 mars 2009 18:43

Chère Cosmic,
Je m’étais promis de prendre un peu de temps pour mieux te répondre. Voici.

Ta réaction me permet de pointer exactement ce qui me dérange dans ta position (qui est partagée par presque tout le monde sauf les vrais communautaristes religieux).

D’abord, tu exagères mes propos et pensées… Ainsi, tu me réponds : exalter les différences pour gommer les ressemblances… ce que je n’ai ni dit ni pensé, tu le sais bien ( smiley ), il n’est question ni de gommer ni d’exalter, mais de pointer et analyser, tout simplement, une situation, et des différences qui n’ont pas à être diabolisées ni encore moins : NIÉES.

Ensuite tu construis un système binaire où il n’y a pas la place pour l’entre-deux : on est soit essentialiste, soit communautariste (pourtant, moi, je ne me sens ni l’une ni l’autre)…

Tu dis juger terrifiant et dangereux de se réduire, ou se voir réduit, à une spécificité, un particularisme, censés définir un individu. Mais ce qui est terrifiant, ce n’est pas cela, c’est de se voir injurié et réduit à un particularisme injurieux. Sinon, où est le problème ? des gens qui se voient réduits à l’apostrophe : quel génie ! je ne crois pas qu’ils jugent cela terrifiant… smiley

Ce n’est bien sûr pas à toi que je vais rappeler que pendant la guerre 6 millions de personnes ont été massacrées pour s’être vu réduites à un particularisme réel ou fantasmé. Mais d’un autre côté, quand sa famille a subi ce genre d’horreur, on endosse, par solidarité, le particularisme en question. Je connais des gens qui ne nient pas être juif (par fidélité à leurs familles rayées de l’humanité pour cette raison) alors qu’ils sont athées, baptisés, mariés et remariés à des non-juifs et qu’ils mangent n’importe quoi n’importe quand ! 

Quand on a subi la discrimination misogyne, quand on voit les atrocités commises sur les femmes en Islam ou ailleurs, les viols avec tortures, les crimes dits "d’honneurs", les vitriolages et toutes ces joyeusetés, alors devant ce destin féminin immémorial, on se sent directement concernée comme femme, on se sent femme.

Quand un arabe subit une ratonnade, il se sent arabe. Quand un Noir se fait traiter de sale nègre, il relève le mot, l’intègre, le conceptualise et construit la négritude. Quand un homo se fait agresser, traiter de sale pédé, il se sent et se sait homo, il le revendique… Ainsi, la marche des fiertés homosexuelles juste pour contrebalancer la honte que veut jeter la société sur lui.

Bref, quand l’autre vous enferme dans un particularisme pour mieux vous injurier, vous discriminer ou vous assassiner, alors ce particularisme prend toute la place et vous définit à ce moment-là, dans cette société. On l’assume, on le revendique, on réclame ses droits autant à la différence, qu’à l’indifférence et qu’à l’égalité, bien sûr !

Cette phobie toute théorique du fameux "communautarisme" est un héritage du non moins fameux universalisme français. Et il faut être dans un camp ou dans l’autre. Eh bien non ! je refuse cet enfermement. 

Comme il est doux parfois de se retrouver "chez soi", au pays, ou en famille, famille de pensée, groupes d’amis, voire en plus large : groupe de femmes, association, meeting, supporter pacifique dans un stade. Oui, se sentir entre soi, dans sa communauté de vie, de pensée ou de distraction… La communauté est aussi un lieu de partage, d’entente, de nostalgie ou de protection… où est l’horreur ? où est le danger ?

Ce qui est terrifiant, comme tu dis, c’est l’autre, quand il te combat, te méprise ou t’humilie pour ce que TU ES, que ce soit un particularisme non choisi (Juif, Noir, homo, femme, gros, nain, handicapé…) ou une identité plus complexe et volontaire (journaliste, politique, énarque, féministe, paysan…).

Bien… je m’arrête, car il y a encore bcp à dire, cette fois-ci sur l’universalisme… qui a aussi ses deux faces extrêmes, la face rayonnante, celle des Lumières, et la face sombre de l’ethnocentrisme, du Nazisme, du colonialisme… mais aussi l’entre-deux : l’universalisme-alibi où le déni de réalité le dispute au politiquement correct typiquement français…
 smiley smiley


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