@ Gazi Borat,
Vous avez dit clichés ?
"
BOBIGNY (AFP) — La Cour d’assises de Seine-Saint-Denis rend son
verdict dans le procès des trois auteurs présumés des violences ayant
provoqué la mort, le 27 octobre 2005 à Epinay-sur-Seine, de Jean-Claude
Irvoas, employé d’une entreprise d’éclairage public venu photographier
un réverbère.
Agés de 22 à 25 ans, ils sont jugés pour "vol
accompagné de violences ayant entraîné la mort" et un quatrième jeune,
de 21 ans, pour complicité. Le verdict est attendu dans la soirée.
Dix-huit
ans de réclusion ont été requis jeudi contre l’auteur principal de
l’agression mortelle et 5 à 12 ans de prison contre trois autres jeunes
renvoyés depuis mardi à Bobigny.
Jean-Claude Irvoas, 56 ans,
employé d’une société d’éclairage public, photographiait des
lampadaires pour le compte de son entreprise au détour d’une balade en
famille quand il a été pris à partie par deux, puis trois jeunes gens,
le quatrième restant à l’écart. Ce 27 octobre 2005, en plein
après-midi, il tombe sous les yeux de sa fille après un violent coup de
poing à la tête asséné par Benoît Kusonika, 25 ans, qui s’était rendu à
la police après douze jours. M. Irvoas décèdera quelques heures plus
tard des suites d’un traumatisme crânien provoqué par sa chute.
Kusonika,
décrit comme réservé, élevé dans des principes stricts, a asséné "de
nombreux coups« , pas seulement le »coup fatal" qu’il revendique, a
estimé l’avocat général en requérant contre lui la plus lourde peine,
pour « vol suivi de violences ayant entraîné la mort », un crime passible
de la réclusion à perpétuité.
Cette violence a été « facilitée »
par son état (nuit blanche, alcool et de nombreux joints de cannabis
fumés). Il a agi « aveuglé par sa haine des flics », a expliqué Camille
Hennetier, car M. Irvoas s’était présenté par « naïveté » comme un
policier de Nanterre pensant que cela « découragerait ses agresseurs ».
Soulignant la « contradiction » entre le nombre de lésions relevées sur
le corps de la victime (au moins neuf hématomes profonds autres que
ceux causés par la chute) et les déclarations des accusés, l’avocat
général s’est dit convaincu qu’ils « ne disent pas la vérité ».
Hormis Kusonika, qui admet un seul coup, les autres nient avoir frappé le père de famille.
Se
fondant sur « les seuls éléments incontestables » du dossier, la
vidéo-surveillance, par moments rendue inexploitable par des feuillages
ayant masqué la scène, et les expertises médico-légales, Mme Hennetier
a estimé que Samba Diallo, 24 ans et Icheme Brighet, 22 ans, "ont aussi
dû porter coups de poings et pieds« , dans l’intention »plus prosaïque
et crapuleuse" de voler l’appareil. Elle a demandé contre eux 12 années
de prison.
Contre Sébastien Béliny, 21 ans, le « guetteur » resté à
l’écart de la scène, qui comparaissait libre, elle a requis 5 ans pour
« complicité ».
Selon Mme Hennetier, M. Irvoas a été "un intrus sur
le territoire" de ces jeunes d’Epinay, dont deux vendaient du cannabis
dans la rue du drame à Orgemont, un quartier « sensible », "supermarché
de la drogue« . »Vous avez décidé ce jour-là qu’il était un hostile", a
reproché Me Frédéric Champagne, avocat de la famille, à Samba Diallo,
le premier à s’être élancé derrière la victime.
Mais la compagne
et les deux enfants de la victime, a insisté l’avocat, "ne sont pas
venus faire le procès de la cité et des banlieues« , »il n’y a pas
d’amalgame dans leur tête« .
De la banlieue, la famille endeuillée retient »les 800 messages de compassion" laissés sur un cahier à la mairie d’Epinay.
Si
la famille a apprécié les « regrets » formulés au procès par les accusés,
a souligné Me Champagne, elle a en revanche « mal vécu » le récit du
« premier réflexe » de Sébastien Béliny et Samba Diallo, après leur
fuite, d’aller « acheter une console de jeux » et d’y jouer. "Au même
instant« , pas très loin, »des urgentistes regardaient un autre écran,
celui du contrôle des organes vitaux de M. Irvoas, déjà en état de mort
cérébrale"