Marc,
En complément de ce que vous auriez lu dans la suite de la précédente file, je n’aurais pour réponse à votre seconde interpellation qu’à vous livrer des extraits d’une ancienne réplique que j’avais fournie jadis à Muadib. Elle résumera toute ma pensée.
Pour être un pieux musulman il ne faudrait pas forcément passer par les meilleures écoles pour apprendre correctement l’Islam.
Ma très chère grande-mère n’avait nullement besoin d’une érudition
telle que celle que je tente de cultiver dans les trois religion pour
être une bonne musulmane, doublée d’une très noble dame.
Il lui suffisait d’avoir la certitude qu’un Créateur de cet Univers
existe, et d’admettre son Unicité Absolue, qu’il n’eut point enfanté,
ni eut été enfanté, de reconnaître ses prophètes ainsi que l’unicité de
leurs messages, de concevoir l’idée que Muhammad (que le Salut de Dieu
soit sur lui) - en appartenant à la lignée prophétique - ne soit venu
que pour restaurer ledit message tout en le rendant universel,
d’accomplir une prière sobre rejoignant l’orthodoxie des prophètes
(dans laquelle l’homme essaie d’entrer en résonance avec son
Créateur), d’être solidaire des nécessiteux en étant charitable,
d’observer le jeûne (une autre façon de sentir la misère des pauvres,
et d’en être solidaire, tout en effectuant un régime sanitaire, et
manifestant un acte de dévotion et de charité du cœur et de l’esprit
que seule la foi peut amener l’Homme à accomplir), d’être aimable et
bienfaisante avec tout le monde (proche et lointain), d’éduquer ses
enfants et d’entretenir son ménage (en commun avec son époux) de façon
responsable et harmonieuse, de ne laisser jamais une mauvaise pensée ou
pulsion dicter quelconque de ses actions (malgré la dualité de notre
âme), d’être le plus altruiste et le moins égoïste (sans opportunisme,
ni distinctions entre interacteurs), et d’être la douceur vraiment
parfaite.
Devant le comportement modèle de ma grande-mère mon érudition ne pèse rien (j’en ai vraiment la larme à l’oeil).
On n’a pas besoin de discourir sur le sexe des anges en Islam ou de
théologie musulmane pour être bon musulman. Il faudrait juste être bon, droit, honnête et sincère.
La différence entre le dévot musulman et le dévot chrétien ne réside
pas dans la sincérité et dans le degré de la piété (qui peuvent
d’ailleurs leur être communes), mais dans la nature même des dogmes
distinguant les deux religions :
le
musulman est farouchement attaché à l’unicité, et rejette foncièrement
toute idée énonçant une consubstantiation de Dieu (comme la trinité en
l’occurrence, dans le cas du Christianisme) ;
il n’y a pas de pêché originel : chaque être humain n’est responsable que de ses propres actes ;
le
Salut est dépendant des uniques actions de l’être humain, selon
qu’elles soient bonnes ou bien mauvaises, pour lesquels chacun sera
tenu responsable ;
les
prophètes n’étaient là que pour rappeler le droit chemin, aucune
sacralité ne leur est due au-delà de leur nature de messagers ;
Jésus
(que le Salut de Dieu soit sur lui) figure parmi les plus émérites
messagers de Dieu ; illustre et miraculeuse soit sa naissance (par
parthénogenèse), il reste un messager adamique pareil que tous les
prophètes.
Paradisial
Ma très chère défunte grande mère était analphabète. Elle aimait beaucoup fréquenter la mosquée. Elle se levait tôt à l’aube pour prier. Un détail m’a toujours fasciné en elle : elle était réticente à prendre son grand bain quand elle avait trop grandit, se vétissait toujours en blanc et était la propreté incarnée. Jamais elle ne portait de parfum, mais tout le temps se dégageait de son corps l’odeur d’un parfum naturel très très très agréable. A chaque fois que je me la rappelle je remémore son fabuleux parfum.
Ses amies de la mosquées avant qu’elles ne disparurent elles aussi, je les considéraient toutes comme mes propres mamies. Ces bonnes femmes étaient l’innocence incarnée.
Sa dernière amie je l’ai de mes mains mise, drapée dans son linceul, dans sa tombe.
Paix toutes à leurs âmes, et à vos mamies et mamans également.