F. Lyon : un petit lien vers la « revendication » ?
Parce dans la réalité, Ben Laden a plutôt nié être à l’origine des attentats, même s’il en a « loué » les auteurs.
« Car le 12 septembre 2001, il déclarait qu’elles avaient été commises par des « groupes terroristes américains ». Le 17 septembre, il niait à nouveau « catégoriquement » toute implication [3]. Dans une interview parue dans le journal pakistanais Ummat, le 28 septembre 2001, il expliquait « à nouveau qu’il n’était pas impliqué », qu’il n’était pas hostile aux Etats-Unis mais au « système qui fait des autres nations des esclaves des Etats-Unis ou les force à hypothéquer leur liberté politique et économique. Ce système est entièrement sous le contrôle des juifs Américains, dont la priorité première est Israël et non les Etats-Unis ». La politique étrangère des Etats-uniens est suffisante pour susciter sur elle « la colère de Dieu », mais, selon lui, il faudrait demander l’identité des auteurs des attaques au gouvernement secret qui se trouve à l’intérieur du gouvernement des Etats-Unis, et rechercher du côté de ceux qui, dans ce gouvernement, « travaillent pour d’autres Etats. Ou des personnes qui voudraient faire de ce siècle un siècle de confrontation entre l’Islam et le christianisme pour sauver leur civilisation, leur nation, leur pays, leur idéologie. Cela pourrait être n’importe qui, de la Russie à Israël, de l’Inde à la Serbie ». Sans oublier les services secrets américains qui réclament chaque année des budgets importants au Congrès [4]. Le 7 octobre 2001, juste avant les attaques contre l’Afghanistan, et malgré les titres de dépêches trompeurs, il ne revendiqua pas les attaques ni ne les loua, « mais loua les individus qui [les] avaient commis » de cette façon : « Quand Dieu a béni un de ces groupes de l’Islam, ils [autre version : l’avant-garde de l’islam] ont détruit l’Amérique (…) Je prie Dieu d’élever leur statut et de les bénir » [5]. Au cours d’un entretien avec le journaliste Tayseer Allouni du 21 octobre, dont la retranscription est pour le moins suspecte, puisque c’est la seule interview citée par le chercheur tendancieux Rohan Gunaratna, et également la seule où M. Ben Laden prononce l’expression « organisation Al Qaïda », il affirme avoir incité au meurtre des Américains et des Juifs, mais ne dit pas avoir organisé les attentats [6]. Le 7 novembre, il répondit à une question d’Hamid Mir sur l’identité musulmane des pirates en disant que les Américains eux-mêmes avaient diffusé une liste de suspects, et que « selon [ses] informations, ils étaient tous passagers » (on peut d’ailleurs se demander pourquoi on ne trouve aucun nom de passager musulman classé parmi les innocents). Il affirma par ailleurs n’avoir aucun lien avec les attaques [7]. Le 26 décembre 2001, dans une cassette datant probablement de mi-décembre, Ben Laden, pâle et fantomatique, répéta qu’il est « inconcevable » que ses fidèles « s’en soient pris à des civils ». « Ceux qui ont commis les attaques étaient dix-neuf étudiants – que Dieu les accepte comme martyrs ». Ils ont « frappé le cœur de la force militaire la plus grande avec l’aide de Dieu » (il fallait au moins cela faute de relations au secrétariat à la Défense !) [8]. »