Cher JC,
D’abord merci d’avoir
rappelé cette autre facette de l’esprit colonialiste que j’ai vilipendée dans
notre livre « Les dessous du voile ».
Vous avez tout à fait
raison : aussi bien l’Empire que les Républiques ont été lâches et
clientélistes à l’égard des Musulmans. Notre République actuelle l’est encore
dans nos communes où Marianne contribue à hauteur de 30% à la construction des
soi-disant annexes culturelles des mosquées. Face aux Musulmans, j’ai
l’impression que nous avons toujours baissé pavillon. Nous nous asseyons sur
nos propres principes ; simplement par calcul politicien ou pour ne pas les
« stigmatiser » comme on dit si joliment et hypocritement. La
ségrégation dite positive est avant tout une ségrégation : jamais un
Sarkozy n’aurait osé dire « j’ai nommé un préfet protestant », mais
avec un Aïssa Dermouche, il n’a pas annoncé uniquement son nom qui signifie pour
tout le monde que la France ne fait pas de différence entre ses enfants.
Mais par ailleurs, vous ne
pourrez pas nier ce que j’ai relevé : c’est bel et bien l’esprit critique
issu des Lumières qui m’a touché, dès que j’étais écolier au Maroc, ainsi que
toute une génération de mes coreligionnaires qui avions enfin eu la chance
d’avoir accès à cette culture progressiste arrivée, elle aussi, dans les
bagages du colonialisme. Je vous ai cité les antibiotiques, la médecine
moderne, les transports autres qu’à dos de bêtes, mais il y a aussi le
communisme, le syndicalisme, amnesty international, la critique de l’opium du
peuple etc. Je vous avoue que ce n’est pas moi, le Marocain d’origine, qui ai
inventé tout cela. Voilà où réside ma bonne foi, du moins je l’espère :
dire toute la vérité et non pas uniquement ce qui m’est favorable.
Le colonialisme européen,
avec ses bonnes et ses mauvaises facettes a tout de même changé la face du
monde. Ce n’était pas un raccourci de ma part, mais un rappel d’une certaine
facette qui est rarement évoquée. Et pourquoi donc ? C’est qu’on voudrait me maintenir dans ma condition
peu enviable de « martyrisé », de « stigmatisé » et autres balivernes alors qu’en fin
de compte on ne voudrait surtout pas que je devienne aussi sujet, en bonne
partie responsable de ce qui m’est arrivé et m’arrive.
Sachez donc que je ne suis
plus l’enfant fragile bon uniquement pour la discrimination dite positive ou
pour la couveuse républicaine où ça
macère grave : je suis un citoyen à part entière et je n’ai nullement
peur de l’air libre. Ne me faites surtout aucun cadeau et ne voyez plus dans vos concitoyens musulmans uniquement des personnes à défendre ou bien à assister : à la longue, c’est dégradant.
Par ailleurs, c’est avec plaisir que je vais donner
suite au fil de la conversation que vous avez eu la gentillesse de me
rappeler.