Il est , en l’état, difficile de parler de « politique » iranienne, celle-ci n’apparaissant pas clairement et n’étant pas prédéfinie.
Le terme « action » parait plus adéquat.
L’action actuelle de Téhéran paraît dictée par deux préoccupations : l’une tactique et l’autre, stratégique.
- Tactique.Pour l’Iran, la menace tactique est double : la présence américano-occidentale sur deux de ses frontières : principalement l’irakienne mais aussi, en partie, l’afghane.
La menace « irakienne » elle-même, se dédouble : menace directe dûe a la présence armée américaine et menace de déstabilisation dûe à la montée en puissance de la communauté kurde. Il est certain qu’une émergence kurde en Irak constitue une menace pour l’ensemble des autres pays à minorité kurde : Syrie, Iran et Turquie.
Cette situation explique en partie le rapprochement avec le Syrie et le silence turc ( souvenons nous que la Turquie s’était initialement opposé au transit des forces américaines par son terrotoire lors de l’invasion américaine en Irak.)
La rapprochement avec la Syrie offre également l’avantage tactique de verrouiller les frontières occidentales et orientales de l’Irak et de créer une pression forte.
Si l’on ajoute que la dernière grande frontière irakienne est la saoudienne, pays sunnite et qui a pris ses distances avec Washington, il reste la petite frontière jordanienne et la koweitienne, mais l’iran peut paralyser le détroit d’Ormouz.
La nouvelle donne est donc un encerclement de l’Irak et l’enfermement des Américains dans une nasse, ce qui explique la vivacité de l’Administration Bush et la montée des périls.
Côté afghan, la menace est moins forte et l’entretien d’une situation d’insécurité semble suffisante aux autorités de Téhéran.
- Stratégique : Il est exact qu’on ne parlait guère de défi iranien il ya trente ans mais en réalité il existait en germe. Comme beaucoup de « défis » il est basé sur le mythe d’un Age d’Or, présentement celui de la Perse. Il y a une trentaine d’années, précisément, le Shah avait organisé des manifestations somptueuses pour célébrer Persépolis.
Donc contrairement à une opinion répandue, la volonté iranienne de puissance n’est pas le fait de la « République des Mollahs » mais constitue un fondamental depuis plusiers décennies. Ce courant est exacerbé par les différents impérialismes subis par l’Iran : arabe, anglais , russe. Aujourd’hui, l’Iran veut être iranien et estime en avoir les moyens.
L’Iran a les moyens d’une politique de puissance régionale, grâce, c’est évident, aux ressources pétrolières.
Quelle stratégie apparente ?
- D’abord de consolider son assise régionale, ce qui rejoint son action tactique. L’Islam en est le thème central puisqu’il est rassembleur du monde « arabo-islamique »
- Etablir des liens eurasiatiques : Russie et Chine, principalment mais non exclusivement , ce qui ne sera , précisément , crédible que si l’Iran « pèse » queque chose, aux yeux de ces deux puissances.
Et avec l’Europe, si celle-ci ne prend pas le parti des USA. D’où, sans doute, des actions et pressions en sous-main qui pourraient expliquer la vivacité de certains propos récents de Chirac.
Dans la perspective de la grande confrontation entre la Chine et l’Amérique qui semble inéluctable d’ici quelques décennies, l’Iran paraît avoir choisi son camp, ou, du moins, montre ses orientations.