« Comme
souvent, je constate que les analyses sur un sujet de débat se fondent
uniquement sur l’instant présent et que le sujet n’est jamais traité en
profondeur.
Ce qui me
sidère, c’est qu’on mette en avant des évènements de l’Histoire pour les juger
à l’aune des « vérités » formatées d’aujourd’hui. »
Chère Dolorès,
Aucune personne sensée ne peut être contre ce
qui est dit ci-dessus.
Quelques contradictions méritent toutefois
d’être relevées. Quand vous dites que les Français d’aujourd’hui ne peuvent
être comptables des méfaits de leurs ancêtres, en ce qui concerne l’esclavage,
je serais d’accord avec vous, si vous n’affirmiez juste après être fière des
accomplissements des révolutionnaires de 1789, notamment pour avoir mis fin au
servage, pour avoir aboli l’esclavage aussi auriez-vous pu ajouter, car ce fut
bien le cas avant que Napoléon ne vienne le rétablir. Dites-moi, par quel tour
de passe-passe, vous arrivez à faire en sorte que les bienfaits de nos ancêtres
soient historiques et un héritage » revendiqués tout en réservant leurs
méfaits aux poubelles de l’histoire ? Admettez que c’est problématique.
Une autre contradiction consiste à dire que
l’esclavage n’est qu’un système horrible vu au prisme de notre époque tout en
proclamant votre fierté pour les acquis des Lumières et de la Révolution
française en matières de libertés et de droits. Soit dit en passant la
philosophie des Lumières n’est pas exclusivement française. Elle est même plus
fortement allemande. Emmanuel Kant est le prototype même du philosophe des
Lumières. La France est remarquable en ce qu’elle a vue la concrétisation
politique, pratique, des théories de la liberté et la pensée des Lumières. Tout cela pour dire que les humanistes de la
fin du Moyen-âge qui ont combattu les débuts de l’esclavage des Indiens, du XVIIIe siècle qui ont combattu l’esclavage
des Nègres n’étaient en rien différents, en nature, de tous ceux qui combattent
l’injustices et l’avilissement des êtres humains aujourd’hui. Cette césure
n’existe que dans votre esprit.
Avant de poursuivre, je précise que je n’ai pas parlé
de repentance dans mon article. Vous dites en effet que l’esclavage a été le
fait d’autres pays mais il n’y a qu’à la France qu’on demanderait des comptes.
Dans les autres pays, le débat se mène plus tranquillement parce qu’il ne
s’agit pas de se jeter des anathèmes aux visages mais de trouver des voies et
moyens d’assumer leur histoire. En
France, sous prétexte de refuser la victimisation de la patrie, on refuse
d’évoquer la part honteuse de notre histoire. C’est le cas en ce qui concerne
l’esclavage, la colonisation ou les guerres coloniales. Les questions des
réparations avancent au Brésil et aux USA et les débats sont ouverts ailleurs.
Il va falloir, Dolorès, sort de votre bulle franco-française pour écouter les
clameurs du monde.
Les Français différents, que vous désignez comme
des invités, aujourd’hui, en France, qu’ils soient Antillais, Africains du Nord
ou du Sud du Sahara, ont été parfois français (de force) avant certains
territoires frontaliers métropolitains. Cela empêche-t-il qu’on continue à les
appeler des invités, comme vous le faites, ou des envahisseurs ? C’est
pourquoi, quand je parle de bas instincts du peuple, je n’exclus pas,
contrairement à vous, les élites. Dans tous les cas, si on parle de bas
instincts du peuple cela induit qu’il est aussi doté de hauts instincts.
Enfin, tout en ne vous déniant pas le droit
d’être fière de votre naissance et du lieu de votre naissance, je continue à
penser que naître et naître dans un lieu donné est le résultat d’un hasard, qui
peut être heureux ou malheureux, mais hasard quand même. Il me revient le cas
de cet enfant qui est né dans un avion au-dessus des eaux extraterritoriales.
Doit-il, plus tard, être fier d’avoir pour mère patrie Airbus ou Boeing ?
Bien à vous.
Tao David.