« J’ai des missiles. Des missiles anti-missiles. Des anti-anti-missiles, et des anti-anti-anti-missiles. Et vous savez quoi ? Il y a toujours des gens assez cons pour m’acheter des missiles... »
Cette réplique du génialissime Franquin est une parfaite illustration de mon sentiment actuel, alors que je vais critiquer la critique d’une critique.
Mais bon.
Deja, je peux critiquer le fait que cet article est un copié-collé de celui paru début Juin sur Reopen. Je suis pour le recyclage, mais il y a des limites. Passons.
"Mais il ne s’agit pas là d’un réel problème : une faible contamination par du fer ou de la magnétite (Fe3O4) peut l’expliquer.« : Que des échantillons soient contaminés, pourquoi pas en effet. Mais quelle est la probabilité pour que TOUS les échantillons le soient ? C’est un premier point douteux, ce d’autant plus que Harrit lui-même explique avoir eu des échantillons de diverses provenances, récoltés en 4 endroits différents, à des moments différents.
»Enfin, il omet soigneusement cette photographie présente dans l’article d’Harrit et al « : Si la photo n’est pas reprise en effet, c’est le cas de beaucoup d’autres. Le cas de cette »chip« de deuxième catégorie n’est d’ailleurs pas ignoré. D’autant plus qu’on se demande pourquoi, au lieu de passer le test MEK sur ce genre de »chip« , ce ne sont pas les chips standard qui ont été testées. Quand on veut faire une étude comparative, la moindre des choses est de tester des éléments semblables, et non différents... C’est le B A BA de la science.
»Problème : ces analyses basées sur les formes sont peu fiables contrairement aux autres analyses détaillées dans les étapes suivantes.« : Il y a une part de subjectivité quand on veut comparer des éléments sur la base de leurs formes. Mais contrairement à ce qui est présenté ici, l’article de Quirant est plus illustré car il donne plus de points de comparaisons, ce que l’auteur néglige de faire ici. Je veux bien que la place soit comptée ici mais l’article sur Reopen n’est pas plus complet. On peut donc en déduire que l’auteur ne veut pas montrer tous les éléments à juger et qui sont en désaccord avec la thèse thermitique.
On en arrive à la composition chimique des chips de première catégorie.
Il est indéniable que la composition diffère. Les chips ne possèdent ni chrome, ni zinc qui sont censés être là s’il s’était avéré qu’il s’agissait bien de la peinture anti-rouille prévue par les plans lors de la construction.
»La couche rouge n’a donc pas la composition de la peinture utilisée dans les Tours Jumelles !« : Il faut toutefois ajouter un bémol a cette affirmation.
Il n’existe aucune preuve comme quoi c’est bien une peinture de ce type qui a été appliquée sur les poutres du WTC. Le tableau donné est issu d’une correspondance entre différents fournisseurs et le cabinet d’architectes en 1967. On ignore si ce type de peinture a bien été utilisé car les données à ce sujet sont incomplètes. Pour l’un ou l’autre camp, crier victoire sur ce seul point est prématuré.
Ces analyses montrent en tout cas la présence d’oxygène, de fer, d’aluminium, de silicium et de carbone, ces deux éléments n’étant pas censés être là en cas de thermite. Contamination ? Possible. Tout comme il est possible qu’il s’agisse bien de peinture et dans ce cas, la présence de carbone et de silicium n’est pas surprenante : le kaolin, présent dans les peintures, est du silicate d’aluminium. Et le carbone est un élément très abondant. Conclure quoi que ce soit à ce point est donc toujours prématuré.
»Ici, l’auteur reproche en premier lieu aux neuf chercheurs d’avoir conduit des tests DSC[11] sous air et non sous un gaz inerte. Cependant, l’intérêt d’un test sous un gaz inerte est minime puisque la nanothermite était entourée d’air au WTC. Ainsi, il est certain que le carbone a réagi lors de l’ignition de la nanothermite. Harrit et al n’ont donc fait que reproduire les conditions du 11 Septembre en laboratoire.« : C’est LE point qui ruine selon tous les chimistes un tant soit peu sérieux, la démarche de Harrit.
Une DSC est une analyse qui doit démontrer la présence d’une réaction thermitique. Harrit dit l’avoir effectuée à l’air ambiant pour » reproduire les conditions du 11 Septembre en laboratoire« .
C’ est une grave faute professionnelle, doublée d’un raisonnement fallacieux : le but de la DSC est de démontrer une réaction thermitique, non de reproduire.
On ne reproduit un phénomène qu’ après avoir démontré la validité de la théorie. C’est un principe de base de la science moderne.
Le soucis est que les éléments contiennent du carbone, un élément qui réagit naturellement avec l’oxygène de l’air. Cette réaction se produit dans les plages thermiques identiques aux réactions thermitiques. Comment déterminer alors si la chaleur dégagée vient d’une oxydation ou d’une réduction thermitique ?
Simplement en réalisant l’expérience sous atmosphère neutre, azote ou argon.
Si une réaction se produit, comme il n’y a pas d’oxygène dans ce cas, on peut conclure à une réaction thermitique. S’il n’y a pas de dégagement de chaleur, alors il n’y a pas de réaction, et on peut conclure : » ce n’est pas de la thermite« .
Ce test, Harrit ne l’a pas fait.
Soit il a commis là une erreur qu’un première année de chimie ne ferait pas, soit il agit consciemment, sachant que sa thèse peut s’effondrer sur ce simple test. Harrit a été mis au défi de refaire le test, et il n’en a rien fait. Pour beaucoup, c’est un aveu.
Mais passons à la suite :
» En fait, ce sont les premières chips qui sont différentes de toutes les
autres : elles ont été cassées[16]
avant de faire des spectres pour éviter la contamination probablement
due au plâtre, très présent dans la poussière recueillie. En effet,
cette contamination n’est présente que sur la surface qui est en contact
avec les chips. Il suffit donc de briser une chip en dehors de la
poussière pour avoir une surface fraîche et sans contamination.« : En clair, il y a deux types de chips, une présente sur trois des 4 échantillons, et une présente dans un seul autre.
En tout logique, on pourrait dire que le second type est différent du premier dont la plus grande présence pourrait permettre de dire qu’ils constituent la mesure étalon.
On voit la logique truthiste : c’est tout le contraire... C’est parce qu’elle est rare que le second type doit être considérée comme étant la mesure étalon... Admettons...
La volonté de vouloir des échantillons non contaminés est louable. Mais le spectre de ces chips est trop différent pour pouvoir servir d’étalon pour les autres : on y trouve du chrome et du zinc (ça ne vous rappelle rien, la présence de ces éléments ???) et fort peu d’aluminium, même oxydé.
»Ensuite, il se plaint du « flou » apporté par les neuf chercheurs qui
auraient dans leur article utilisé une cartographie « beaucoup moins
précise ». Comprendre : avec une échelle différente. Il se trouve que
les différents composants ont migré sur des distances de l’ordre de la
dizaine de micromètres. Pourquoi regarder à une échelle plus petite ? « : parce qu’une échelle plus petite aurait permit de voir les éléments, ce qui est plus important que de voir leur localisation... Ce qui était le but recherché au départ.
C’est dingue quand même le nombre d’erreurs de manipulations qui se font voir et qui à chaque fois masquent des éléments qui pourraient démontrer l’inanité de la thèse de la thermite.
Un esprit chagrin pourrait y voir un complot...
Mooréa et d’autres estiment que la chip n’est rien d’autre qu’un éclat de peinture adossé à un fragment d’acier quelque peu rouillé. C’est en effet la thèse la plus probable. Evidemment...
»Pourquoi donc les constructeurs du WTC auraient-ils mis de la peinture entre deux couches d’acier structurel ? Ou pourquoi auraient-ils rajouté de l’acier structurel sur la peinture ? « : Ces questions font référence à l’aspect des chips de 2è catégorie qui ont un aspect de sandwich. Aspect à priori impossible.
Mais le mouvement truthiste ignore t-il que l’on est ici à l’échelle moléculaire ou presque ? Les éléments analysés sont de la poussière issue d’une catastrophe ou des tonnes de poutres metalliques ont été compressées et martelés dans tous les sens. Est-ce anormal de penser que l’on peut trouver des assemblages de poussières compressées face contre face ?
Les truthers semblent répondre non avec leurs objections.
Il va leur falloir dès lors nous démontrer qu’il est impossible pour deux morceaux de métal de se faire compresser lors de la chute d’un immeuble. Le débat s’annonce passionnant...
»Dans la première partie, Jérôme Quirant suppose qu’il n’y a qu’une seule
couche. C’est faux comme nous venons de le voir.« : ce qui est tout de même amusant, c’est que notre chimiste part d’un fragment de moins de 500 microns présentant trois couches pour postuler une couche de thermite d’un centimètre d’épaisseur. Taille qui sort de nulle part, mais bienvenue car elle donne la possibilité d’atteindre en théorie une température de 900°. Suffisante pour de l’aluminium, mais pas pour fondre de l’acier. Surtout au WTC 7... Petit oubli bien pardonnable, au regard des gros manquements précédents.
Il est de plus regrettable que ce calcul, théorique, postule que toute l’énergie de la réaction thermitique est transmise à l’acier.
Or, il n’en est rien : l’auteur réopeniste a totalement occulté un petit paragraphe qui démontre qu’environ 10 % seulement de l’énergie émise est transmise à l’acier, le reste se perd dans l’air (le vieux problème de la conduction et de la convection...)
On arrive donc à une épaisseur de thermite nécessaire de non pas un centimètres, mais de 10 pour avoir le même effet.
On passe donc du rouleau au pot de play-doh...
On peut conclure une chose : l’épaisseur de la matière adossée à la poutre est radicalement insuffisante pour permettre d’élever la température du métal de plus de un ou deux degrés.
Vous me direz, le reste aura réagi, et donc été converti en énergie, laissant un résidu très fin.
Mais dans ce cas, pourquoi ce résidu n’aurait-il pas réagi ?
Pourquoi n’aurait t-il pas un aspect »carboné« , »cuit« ? Comment pourrait -il avoir transmis une chaleur de plus de 1 000 degrés en son travers vers le métal tout en demeurant d’aspect intact ?
Comment la réaction aurait permit d’avoir des résidus d’une épaisseur semblable d’un bout à l’autre de la poutre ?
» L’analyse par DSC a été conduite pour vérifier que l’énergie produite par les chips est proche de l’énergie attendue par une réaction thermitique.« : Sauf que la DSC n’est pas faite correctement. Il est impossible de dire si le dégagement de chaleur est du à une réaction thermitique ou en raison de la combustion du carbone avec l’oxygène car les deux réactions se produisent dans les mêmes plages de températures...
»Nous avons montré que la nanothermite pouvait initier l’effondrement des trois tours qui sont tombées le 11 Septembre« : Il manque juste la preuve de la présence effective de thermite en terme de résidus, réagis ou non. Il faut expliquer aussi pourquoi la réaction thermitique, dans le cas des tours 1 et 2, ne s’est pas produite dans les minutes qui ont suivi les crash, mais entre 50 et 90 minutes après, alors que la zone a été touchée par un incendie allumé au kérozène...
»et que l’analyse des résidus de la combustion de la chip montre que celle-ci n’est pas de la peinture« : on aura lu, bien au contraire, que la théorie de la peinture ne peut être réfutée sur la base des éléments présentés. On y trouve tous les composants nécessaires, et associés moléculairement entre eux de façon compatibles avec la thèse de la peinture soit dans le cas de la première série de chips (mais il faut considérer que la composition annoncée n’est finalement pas celle retenue au final : l’information manque encore à ce sujet), soit dans la seconde.
Le reste concerne la critique de la revue Bentham. Le sujet a déjà été traité, je n’y reviendrai pas, surtout sur le point que cette revue se fait payer pour publier, ce qui est plus que douteux scientifiquement parlant.
»Si cette démission confirme en effet que les méthodes de Bentham sont
douteuses, le fait est que Mme Pileni ne critique pas l’article
lui-même.« : Laissons parler la dame...
» Je ne peux pas accepter qu’un tel sujet soit publié dans mon journal. Cet article n’a rien à voir avec de la chimie physique ou de la physique chimique, et je veux bien croire qu’il y a un point de vue politique derrière sa publication. Si quelqu’un m’avait demandé, j’aurai dit que cet article n’aurait jamais du être publié dans ce journal ( Mme Pileni était en vacances quand l’article a été proposé et publié).«
Elle ne critique pas, non en effet...
Du tout, du tout...
»Mais en regardant son CV, on voit qu’elle a travaillé dans les nanomatériaux sur une longue période et dans la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE)." : Exact. Mais la thermite, nano ou pas, n’est pas un explosif...Donc...
Comme on le voit, on ne peut en vouloir à Mme Pileni de ne pas vouloir associer son nom à une thèse qui n’est ni démontrée, ni même étayée sérieusement par des analyses et des études correctement conduites.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
A propos / Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération

