Je profite de l’occasion pour dire ce que je pense des mineurs ou des marins pêcheurs, des gens qui ont fait ce genre de métier.
Et dans ce groupe, les mineurs occupent à mon sens une place particulière, la plus symbolique.
Ce que ce groupe (autrefois large, aujourd’huii de plus en plus rétréci), les gens ont foi d’abord dans le courage.
Mais il peut y avoir plusieurs sortes de courage. Et bien le leur est celui qui se résout par l’engagement le plus directement possible du corps. Chaque minute qui passe, ils mettent dans la balance un doigt, une main, un bras, leurs poumons, leur vie biologique. Et chaque nuit tombée, quand ils sont enfin dehors, ils sont fiers d’avoir fait preuve de courage.
Bien entendu, ils ont pensé aussi à la vanité du courage, à l’instrumentation que les patrons faisaient de ce courage, à son inutilité d’un point de vue martien et aussi à ce qu’il peut comporter de naïf d’autant qu’ils se savaient peu instruits.
Oui, ils ont pensé à tout ça.
Mais la vie étant de toute manière absurde pour tout le monde et quoi qu’on fasse, faire preuve de courage physique dans un cadre sociétal, utile, insdispensable à la collectivité, c’est aussi courageux et généreux que d’opérer à mains nues et en pleine jungle pour sauver des vies. Il faut que des gens fassent preuve de ce courage là pour qu’une société existe et qu’elle ait réellement des valeurs, de la valeur (au sens humain, car pour un Martien, la valeur de l’humanité, bof...).
Mois après mois, année après année, ce que se disaient les mineurs, c’est qu’ils accomplissaient leur devoir social (parfois national) en plus d’avoir accompli leur devoir familial et conjugal. C’est à dire que si ce n’était l’éventuelle bêtise d’avoir tant risqué son corps, de l’avoir tant usé, ils n’auraient plus aucun état d’âme et seraient absolument fiers.
Fiers d’avoir contribué, au prix de leur vie, à former un peuple, une nation, une paix, un plaisir de vivre pour les autres.
Les gens de ce groupe n’ont jamais plié de lâcheté devant qui que ce soit parce qu’ils étaient sûrs que le mieux qu’un homme puisse faire de sa vie était de la consumer pour sa famille et pour la collectivité, parce qu’ils étaient sûrs qu’ils engageaient le maximum et le meilleur qu’un homme puisse engager (en dehors des champs de bataillle mais là il s’agit de tuer un ennemi désigné)
Quand on est au fond de la mine ou au milieu de la mer, il n’y a pas de patron à cigare qui vaille. Le seul vrai patron c’est la nature, c’est l’esprit de solidarité et c’est Dieu.
Quand les Zola ont dénoncé les abus des patrons, quand ils ont dit aux mineurs qu’ils se faisaient avoir et qu’ils feraient mieux reconnus en ne travaillant pas qu’en travaillant, ils ont d’abord vexé les gens de ce groupe. Puis ils les ont minés.
Depuis, ce groupe s’étiole. De plus en plus rares sont les gens qui engagent constamment leur corps, sans jamais plier devant un PDG ou considérant que les seuls à qui ils doivent rendre grâce sont Courage, Solidarité, Abnégation et Dieu.
Depuis, à la place de ce groupe, il y a des gens qui considèrent que la réussite est matérielle et qui, pour obtenir une télé ou le dernier portable, sont prêts à se bousculer, à se piétiner mutuellement et à lêcher des culs de n’importe qui.