Je vous transmets ce commentaire d’un jeune de 20 ans :
« Je suis »jeune" (20ans) et même si ça me fait mal cet article car il
parle de moi, de mes amis et de mes « compatriotes jeunes » si on peut
parler comme ça LOL, et bien je trouve que Philippe à raison.
C’est terrible de devoir dire ça mais il faut l’avouer. J’ai participé à
des manifs, à des AG, des blocages, aussi bien au lycée qu’à la fac et
c’est vrai que pour la plupart, nous ne savons pas, ou pas précisément,
pourquoi nous manifestons. Les discours de ces jeunes qui prennent le
micro au AG ou qui sont interrogé 10sc aux infos, ressemblent parfois
trait pour trait à ceux des syndicats, formatés, hypocrites. (vous
savez, les discours qui commencent par « Aujourd’hui... »)
Et je suis dégoutée, tout comme vous, de voir qu’il n y a presque aucune
réaction par rapport aux lois sur les rom’s et les immigrés en général,
qui sont pour moi 10 fois plus révoltantes que la loi sur les
retraites.
Je sais que nous avons un pouvoir énorme, « tout faire sauter », "changer
les choses« , »on y va et on verra", , j’y crois à cette énergie, ce
pouvoir. Ces moments où la rage et le dégout peuvent faire beaucoup de
choses même si ça passe par bruler des voitures et jeter des pavés.
Mais je ne sais pas, à mon avis le blocage n’est pas devant les lycées,
il est dans nos esprits et dans notre façon de vivre.
Je ne cherche pas à nous trouver des excuses mais c’est vrai que notre
conscience politique n’est, à mon avis, pas suffisamment développée au
lycée, dans les cours, par les profs. Par nos parents aussi. J’en
connais beaucoup qui craignent avant tout pour notre avenir
professionnel et financier, des parents qui pourtant font grève, vont
aux manifs mais s’alarment au moindre blocage car il compromet notre
année scolaire, donc notre bac/licence/master/diplôme.
Nous grandissons dans cet esprit là : passe ton brevet, choisis ta
filière, révisez vos maths, soyez disciplinés, il faut finir le
programme, passe ton bac avec mention, choisis les bonnes études, le bon
cv, les bonnes notes, trouve un emploi... c’est là que semble être
l’urgence, sauver sa peau en restant sage, dans le rang.
Sans parler de l’esprit « superficiel » dans lequel nous nous enfermons
tout seul, pas besoin des parents ni des profs. Je n’arrive pas
exactement à poser de mots pour expliquer cet esprit là : consommation,
facebook, fric (ce sont des détails mais ça résume bien)... mais il est
énorme et je ne sais pas d’où il vient, peut être qu’il a toujours
existé d’ailleurs.
Et pourtant... je connais énormément de jeunes qui espèrent changer les
choses, non pas en hurlant, mais par les études. Que ce soit par les
sciences politiques, l’art, le social, la justice, la communication,
l’humanitaire... ça grouille autour de moi, des jeunes qui ont l’espoir
d’amener quelque chose de plus, un nouveau regard, une nouvelle façon de
vivre. Que ce soit par des dessins, des voyages, des idées politiques,
des films... (je dis ça car, pour ma part, je fais des études de cinéma,
espérant me spécialiser dans le documentaire car je pense que certaines
images, certains regards peuvent changer les choses.)
Mais vous avez raison d’écrire tout cela, même si dans cet article vous
nous insultez et nous provoquez. Nous avons besoin de gens comme nous
qui peuvent nous faire nous bouger notre cul et sortir de cette
léthargie ambiante. Moi en tout cas, ça me donne envie." [Ratouf]