Salut Olivier
Je suis allé une bonne dizaine de fois en Libye au cours des années 90. Pas pour le tourisme, encore que l’on peut visiter de superbes vestiges gréco-romain : Leptis-Magna et Sabrata, notamment.
Je n’y allais pas non plus pour vendre des fournitures de bureau...Mais toutes les professions de toutes les nationalités s’y pressaient...
Ce dont je peux témoigner, c’est de l’étrange univers dans lequel on était plongé dès l’arrivée à commencer par les interminables formalités d’entrée à l’aéroport, et le racket officiel et semi-clandestin auquel le voyageur était déjà soumis !
Un autre monde où tout et n’importe quoi pouvait se passer à tout moment : expulsion arbitraire, voir prison, réception chaleureuse un jour, menaces le lendemain, rien de cohérent en apparence, mais en réalité soigneusement orchestré pour déstabiliser l’interlocuteur.
Tout les étrangers travaillant en Libye m’ont confirmés cette situation, depuis la simple femme de chambre marocaine de l’hôtel, jusqu’aux gérants maltais où britanniques de grandes sociétés implantées dans ce pays.
Les libyens eux restaient très discrets dans leurs appréciations sur la situation de leur pays mêmes si certains esquissaient quelques réserve sur la façon dont il était gouverné : mais nous, étrangers, devions nous méfier de ces invitations à la critique...
Bref, un pays totalitaire avec tous ces artefacts : portraits du Leader à tous les coins de rues, débauches de slogans sur de gigantesques panneaux, le Guide omniprésent à la télé, caméras de surveillance à tous les étages des hôtels, bruits bizarres dans le téléphone...
A côté de ça, une impression de bordel généralisé ! Des échangeurs routiers mal foutus, une circulation n’importe comment dans les villes, mais de nombreux contrôles policiers sur les routes (je me suis fait arrêter de nuit par une milice locale dont le représentant le plus âgé devait avoir 17 ans, tous les cinq autres de 14, 15 ans armés de Kalach me pointant généreusement...), des hôtels où certains soirs tu retrouvais tes affaires en tas dans le hall, car ta chambre avait été offerte à un invité surprise par un cacique du régime, la plupart des plaques d’égouts manquantes, y compris sur les routes, ce qui fait que la nuit il fallait ouvrir l’œil !
J’ai mille anecdotes et pourrait en parler pendant cent ans !
Ce qui m’avait aussi marqué c’est la surveillance généralisée : toute le monde semblait surveiller tout le monde ! Policiers en uniformes et surtout en civil mais aussi simple citoyen pouvant dénoncer son voisin, incursions inopinées de militaires dans les maisons pour « vérification », etc...Une société bien verrouillée !
C’est la raison pour laquelle j’ai considéré que le déboulonnage du Leader ne serait pas simple et n’irait pas sans douleur et que la révolution serait plus compliquée que celles ayant eu lieu chez les voisins tunisiens et égyptiens.
Ce qui se passe en ce moment semble le confirmer : c’est peut-être la raison pour laquelle certains réfléchissent aux moyens de donner un coup de main au peuple libyen pour foutre en l’air ce régime avant que la guerre civile ne fasse rage, tellement il y a d’armes en circulation dans ce pays, « si on peut appeler ça un pays » ainsi que me l’avait dit un ami tunisien !
Bien à toi.