Il serait injuste, dans cette appréciation, de ne pas d’abord considérer ce que ressent un Japonais rescapé. Et sans aucun doute, il répondrait qu’il vise une attitude digne.
Mais l’attitude digne, avait été celle de mon père Viet, un jour que la police des frontières de Saigon avait refusé qu’on décolle et que ma mère Picarde, pas digne du tout, avait couru après un de ces flics pour lui percer le crâne avec son talon aiguille, le tout à travers l’aéroport.
Bon, en l’occurrence, l’attitude de ma mère a rendu la situation encore plus complexe et il est vrai qu’on y gagne souvent à maîtriser ses nerfs, à faire preuve de calme.
Mais de fil en aiguille, à force de ne pas exploser, de ne pas grimper aux rideaux, on en vient aussi à tout accepter, à monter dans un wagon à bestiaux, à se déhabiller en masse en hiver et devant des soldats.
Ainsi, je considère qu’il faut de tout. Il faut, en premier temps maîtriser ses nerfs et en second temps, savoir les lâcher pour se révolter.
Sans calme, pas de rescapés d’un incendie
Sans crises de nerfs, pas de révolution.