A propos des agences de
notation Michel Santi se demande « en vertu de quelle loi divine ou autre
tradition ancestrale des personnages ne disposant d’aucun mandat électif
s’arrogeraient-ils autant de pouvoirs sur les dettes souveraines de nos pays ».
La loi divine n’a en effet rien
à voir là dedans. Si les agences de notation ont acquis un tel pouvoir c’est
parce que ce pouvoir leur a été donné par la loi des hommes et – pour être plus
précis – par les ratios prudentiels créés en 1988 et imposés par voie légale
dans la plupart des pays de l’OCDE à partir de 1992 par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, la réunion des gouverneurs
des banques centrales du G10.
Ces ratios – le ratio Cooke dans un premier temps suivi du
ratio McDonough et bientôt d’une
troisième version – ont donné aux notes des agences un caractère légal et ont
ainsi obligé les banques à adapter leurs portefeuilles de crédit en fonction
des décisions des agences. Ainsi, quand un Etat comme le Portugal est dégradé,
les banques vendent les obligations d’Etat portugaises non pas parce qu’elles
font confiance aux agences de notation mais parce que la règlementation le leur
impose.
C’est cette institutionnalisation
des agences qui leur a donné un tel pouvoir déstabilisateur sur les marchés,
qui leur a permit de faire payer leurs notes aux émetteurs et qui, enfin, leur
permet de réaliser de tels bénéfices.
Plutôt
que d’appeler à « noter » les agences (et qui notera celui qui aura
cette charge ?) et à les « sanctionner » (sur quelle base ?),
monsieur Santi ferait mieux d’appeler à mettre fin à ce partenariat public/privé
malsain.