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(---.---.183.126) 16 mai 2006 13:46

L’ISLAM et la Psychologie du Musulman Un livre d’André Servier publié chez Augustin CHALLAMEL, Paris, en 1923. En guise d’introduction « Les croisades ne furent des folies, comme on affectait de les appeler, ni dans leur principe, ni dans leur résultat. » « N’apercevoir dans les croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c’est montrer une vue très bornée en histoire. Il s’agissait non seulement de la délivrance de ce tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l’emporter sur la terre, ou d’un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l’ignorance, au despotisme, à l’esclavage, ou d’un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité et aboli la servitude. Il suffit de lire le discours du pape Urbain II au concile de Clermont [1095] pour se convaincre que les chefs de ces entreprises guerrières n’avaient pas les petites idées qu’on leur suppose, et qu’ils pensaient à sauver le monde d’une inondation de barbares. L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête : l’Évangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix... Où en serions-nous si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts ? Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes » François-René de CHATEAUBRIAND

A Louis Bertrand, Permettez-moi d’inscrire votre nom, en tête de ce livre, en témoignage de mon admiration et de ma gratitude. Mon travail n’est que l’adaptation à l’Islam de l’idée par laquelle vous avez renové l’histoire de la civilisation Nord-Africaine. Ce ne sont pas seulement les Berbères qui se sont abreuvés à la source latine, ce sont aussi tous les peuples d’Asie et d’Orient auxquels les arabes ont imposés l’Islam. Ces néo-musulmans, nourris de culture gréco-latine, ont conservé, durant des siècles, malgré les Arabes et malgré l’Islam, les enseignements de Rome et d’Athènes. Leurs efforts ont été attibués à tort aux Arabes, mais en réalité, il n’y a pas de civilisation arabe ; il y a seulement une civilisation gréco-latine qui s’est perpétuée à travers les âges, sous la façade arabe et malgré les persécutions de l’Islam. Cette vérité, si longtemps méconnue, vous l’avez découverte et proclamée au cours de vos pénétrantes études sur la Berbérie ; je ne suis donc qu’un de vos modestes disciples et mon seul mérite est d’avoir réuni, en vingt-cinq années de recherches, les preuves qui établissent la morne stérilité de l’Islam et l’éternelle vigueur de la pensée gréco-latine. Mais ma faible voix risquait fort d’être impuissante à ruiner les préjugés séculaires qu’une science superficielle ou de parti-pris a consacrés Vous avez bien voulu appuyer mes efforts en faveur de la vérité et me permettre ainsi de saper la grande erreur que vous avez déjà combattue avec tant d’autorité. Je vous en exprime ma vive reconnaissance. André SERVIER.

Préface de Louis BERTRAND Je n’ai pas l’honneur de connaître personnellement M. André Servier, l’auteur de ce livre. Je connais seulement La Psychologie du Musulman, dont il a bien voulu me communiquer le manuscrit. Cet ouvrage me paraît excellent, appelé à rendre les plus grands services à la cause française dans toute l’Afrique du Nord et à éclairer les indigènes eux-mêmes sur leur propre passé. Ce dont je le loue par-dessus tout, c’est de livrer un si vigoureux assaut à toutes les ignorances françaises. Un des préjugés les plus funestes pour nous consiste à croire que notre domination africaine n’est qu’un accident dans l’histoire du pays, comme on le croit de la domination romaine. Une foule de gens écrivent couramment que Rome n’a fait que passer en Afrique, -qu’elle n’y est restée qu’un siècle ou deux. C’est une erreur monstrueuse. L’empire effectif de Rome en Afrique a commencé avec la ruine de Carthage, en 146 avant J-C, et n’a pris fin qu’avec l’invasion vandale, vers 450 de l’ère chrétienne : soit six cents ans de domination effective. Mais les Vandales étaient des Chrétiens qui continuèrent intégralement la civilisation romaine, qui parlaient et écrivaient le latin. De même les Byzantins qui leur succédèrent et qui, s’ils ne parlaient pas officiellement le latin, pouvaient se considérer comme les héritiers légitimes de Rome. Cela dura ainsi jusqu’à la fin du VII ème siècle. L’Afrique a donc huit cent cinquante ans de domination latine effective. Si l’on songe que, sous l’hégémonie de Carthage, toute la région, depuis les Syrtes jusqu’aux Colonnes d’Hercule, était en partie hellénisée ou latinisée, on arrive à conclure que l’Afrique du Nord a treize cents ans de latinité, -alors qu’elle ne compte encore que douze cents ans d’Islam. Cette pénétration profonde du sol africain par la civilisation gréco-latine nous est attestée par les ruines nombreuses et très importantes, qui, aujourd’hui encore, recouvrent le pays. Le Français l’ignorant, l’Algérien lui-même ne connaît de toutes ces villes mortes que Timgad. Or, le réseau urbain créé par Rome embrasse l’Afrique tout entière jusqu’à la limite du Sahara. C’est même dans les régions voisines des terres désertiques, que ces ruines antiques abondent le plus. Si l’on voulait se donner la peine de les exhumer, -ne fût-ce que pour remettre au jour les titres de la latinité en Afrique, -on serait étonné du foisonnement de ces villes et quelquefois de leur beauté. M. André Servier sait parfaitement tout cela. Mais il va plus loin encore. Avec une patience et une minutie merveilleuse, il nous démontre scientifiquement que les Arabes n’ont jamais rien inventé, que l’Islam, « sécrétion du cerveau arabe », n’a rien ajouté au vieil héritage de la civilisation gréco-latine. Une science superficielle, seule, a pu accepter sans vérification le préjugé chrétien du Moyen-Age, qui attribuait à l’Islam les sciences et les philosophies grecques que la Chrétienté ne connaissait plus. Par la suite, l’esprit sectaire a trouvé son bénéfice à confirmer et à propager cette erreur. En haine du christianisme, il a fallut faire honneur à l’Islam de ce qui est l’invention et, si l’on peut dire, la propriété personnelle des nos ancêtres intellectuels. En prenant l’Islam depuis ses débuts jusqu’à nos jours, M. André Servier nous prouve, textes en main, que tout ce que nous croyons « arabe » ou « musulman », ou d’un terme encore plus vague, « oriental », dans les mœurs, les traditions et les coutumes africaines, dans l’art et le matériel de la vie, -tout cela, c’est du latin qui s’ignore, ou qu’on ignore - c’est du Moyen-Age arriéré ou dépassé par nous, - notre Moyen-Age que nous ne connaissons plus et que nous croyons naïvement une invention de l’Islam. L’unique création des Arabes, c’est leur religion. Or, cette religion est le principal obstacle entre eux et nous. Dans l’intérêt de notre bonne entente avec nos sujets musulmans, nous devons donc éviter soigneusement tout ce qui peut fortifier chez eux le fanatisme religieux et, au contraire, favoriser la connaissance de tout ce qui peut nous rapprocher, - c’est-à-dire, surtout de nos traditions communes. Nous devons, certes, respecter les religions des indigènes africains. Mais c’est une erreur politique grave que de nous donner l’air d’être plus musulmans qu’eux-mêmes et de nous prosterner mystiquement devant une forme de civilisation qui est très inférieure à la nôtre, qui est manifestement arriérée et rétrograde. L’heure est trop grave pour que nous continuions ces petits jeux de dilettantes ou d’impressionnistes affaissés. M. André Servier a dit tout cela avec autant de vérité que d’autorité et d’à-propos. Les seules réserves que je ferais se réduisent à ceci : je n’ai pas une fois aussi robuste que lui dans le progrès indéfini et continu de l’humanité, - et je crains qu’il n’ait des illusions à l’égards des Turcs qui restent la tête de l’Islam et qui sont regardés, par les autres musulmans, comme des libérateurs futurs. Mais tout cela est une question de mesure. Je veux bien croire au progrès dans un certain sens et jusqu’à un certain point. Et je n’hésite point à accorder que les Turcs sont les plus sympathiques des Orientaux, jusqu’au jour où nous-même, par notre imprévoyance et notre sottise, leur fourniront les moyens de redevenir pour nous des ennemis avec lesquels il faudra compter. Paris, 23 septembre 1922. Louis BERTRAND


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