Hermès :
Pasivité ? Il se passe d’autres choses dans d’autres parties du monde.
Et le retrait annoncé d’afghanistan dessine peut-être un nouveau partage
du monde entre les blocs.
Il se passe même beaucoup de choses dans d’autres parties du monde. Il suffit de voir l’intense activité diplomatique en Eurasie ces derniers temps. Pendant qu’on s’acharne sur Khadafi et Assad, Hamid Karzaï en est à son troisième entretien officiel avec Medvedev de l’année, le Pakistan se met sous protection chinoise, dans quinze jours, l’union douanière Russie - Kazakhstan - Biélorussie entre en vigueur, de nouveaux armements chinois et russes deviennent opérationnels, des alliances se forment et des traités se signent et se raffermissent. Rien que du côté de la Russie, il commence à y en avoir quelques-uns : CEI (avec, à présent, une clause de défense mutuelle), Communauté Économique Eurasienne, OTSC. L’URSS est en train d’être reconstituée, sous d’autres noms et une forme différente, l’idéologie en moins, mais toujours avec le même objectif : perpétuer l’empire des tsars, l’étendre si possible. Et ce coup-ci, on ne peut même plus dire qu’il s’agit d’ « impérialisme » russe, puisque il n’y a pas eu de menace ou d’usage de la force. Poutine s’est servi de l’outil économique et surtout, énergétique, pour ramener les brebis égarées dans l’orbite de Moscou.
Enfin, l’Organisation de Coopération de Shanghaï regroupe la plupart des ex-républiques soviétiques, la Russie, et surtout, la Chine. L’Iran et l’Afghanistan (!) seraient des candidats « pressentis ». Pour la Russie, l’objectif prioritaire est surtout la « récupération » de l’Ukraine, par l’intégration de celle-ci au sein de toutes ces structures économiques, politiques et militaires. Elle y parviendra forcément, la question est simplement de savoir quand et à quel prix.
En réalité, la « guerre » contre le monde arabe n’est qu’une pantomime de ce qui avait foiré en Asie centrale au milieu des années 2000-2010 (vague de révolutions « colorées », arrivée de pouvoirs pro-occidentaux, arrivée de troupes occidentales). Les USA ont tenté d’y prendre pied dès la fin de l’URSS, mais ont finalement été virés grâce à une politique russo-chinoise déterminée et efficace. Ils sont en train d’y solder leurs positions, et se redirigent vers un autre théâtre d’opérations, qui est logiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette zone est en train de devenir le lieu du prochain round de la confrontation globale Occident - Eurasie. Difficile de dire comment cela va se terminer, mais probablement très mal. Ce qui est inquiétant, c’est surtout que dans l’inconscient local, ce sont nous qui y avons le rôle du « méchant ». À force de trop abuser de la propagande pro-démocratique, nous avons totalement dilapidé son potentiel séducteur (y compris chez nous), si bien que plus personne n’y croit plus, si ce n’est quelques imbéciles ou quelques larbins payés pour faire semblant d’y croire.
En adoptant une attitude arrogante et néo-colonialiste au Moyen-Orient, en faisant le choix de la confrontation avec l’Eurasie (élargissement perpétuel de l’OTAN, ridicule bouclier anti-missile...), l’Occident est en train de creuser sa propre tombe. En nous faisant complices de cette politique prédatrice et suicidaire, en négligeant de s’y intéresser et de protester bruyamment, nous nous faisons complices de notre propre enterrement. Nous ne sommes plus les plus riches, nous ne sommes plus les plus forts et notre avance technologique est de plus en plus précaire. Nos interventions militaristes des 20 dernières années, de l’Irak à la Libye, en n’oubliant pas le démembrement de la Yougoslavie, ont, de plus, sérieusement compromis la légitimité de l’ONU, devenu une sorte de chambre d’enregistrement de la politique étrangère occidentale.
Quand le dollar et l’euro finiront par s’effondrer pour de bon (ce qui ne devrait pas trop tarder à se produire), on aura l’air très con. L’Eurasie va-t-elle nous faire crédit ? Le groupe BRICS va-t-il renflouer nos banques ? Rien n’est moins sûr.